Gallimard

  • Cet ensemble de distiques non rimés ni assonancés se présente comme une manière de leçon de théologie négative, mais pleine d'humilité et de vérité humaine ; c'est-à-dire aussi loin de Maître Eckhart que de l'"athéologie" de Georges Bataille. L'auteur déclare en effet ne pas croire en Dieu, mais il reste hanté par son "inexistence". En témoignent une cinquantaine de "murmures et prières minuscules" rédigés au jour le jour "comme une liste de commissions", de remerciements et de questions. La tonalité est plutôt celle de Francis Jammes que celle du Cendrars des Pâques à New York. C'est tendre, simple, et d'une modestie rare tout à fait accordée avec le propos de ce très beau livre.

  • "Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d'Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré et aimé des officiers et des soldats parce qu'il y avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison.
    Quand je le connus, sa renommée commençait à se répandre hors du régiment et de la ville. Il en jouissait insoucieusement. J'étais guitariste et je m'attachai à Jaime qui me voulait dans ses orgies. Il manquait toujours d'argent à cause des cartes et de l'amour..."
    Roman d'action et d'amour aux personnages féminins puissants (la danseuse Conchita, la noble Camilla), L'homme à cheval conte en Bolivie l'ascension et la chute du charismatique Jaime Torrijos, sous le regard de Felipe, un modeste guitariste. On y retrouve transposée la réflexion obsédante de Pierre Drieu la Rochelle sur les rapports de l'écrivain avec la politique, ainsi que sur la figure du chef. Cette nouvelle édition du plus classique et du plus éclatant des romans de Drieu, présentée par Julien Hervier, comprend également deux parties et une ébauche de scénario inédits, qui éclairent le lecteur sur la genèse et l'ambition de L'homme à cheval.

  • Dans la Cantabrie du XVe siècle, un massacre antijuif s'annonce. Pour sauver ses deux fils, un couple les envoie sur les routes. Leurs chemins les conduisent à travers l'Europe de la Renaissance, en Afrique du Nord et jusqu'en Amérique. Ils croisent une esclave canarienne devenue la maîtresse puis l'épouse de son maître, un marchand siennois voyageant entre Blois, Séville et Londres, une demoiselle d'honneur aux moeurs assez libres, des ecclésiastiques peu recommandables, et une foule d'individus aussi singuliers qu'émouvants.
    L'un devient marin et cartographe, intime d'Amerigo Vespucci - le navigateur dont le nom fut donné au Nouveau Monde -, l'autre médecin de Luther - le réformateur et initiateur du protestantisme - en Allemagne.
    Au terme de cette fresque historique captivante, riche en péripéties et en passions, parviendront-ils à se rejoindre ?

  • Meknès, 10 avril 1672.
    "Si Dieu m'a donné le royaume, nul ne peut me l'ôter."
    L'homme qui prononce ces mots s'appelle Moulay Ismaïl. Il vient de monter sur le trône du Maroc et d'accéder aux titres suprêmes de sultan et de commandeur des croyants.
    Durant son demi-siècle de règne, cet homme hors du commun réussit l'impossible : unifier son royaume et étendre son territoire. On le surnomme le Roi-Soleil marocain.
    Autour de lui, l'Europe s'avance. Et déjà s'annoncent les premières tentatives de ce que l'on appellera plus tard la colonisation.
    C'est à travers le regard d'un Français, Casimir Giordano, médecin personnel du sultan, que flamboie cette épopée, faite de déchirements, d'intrigues et de gloire.
    L'île du Couchant est le premier volume de ce Guerre et paix oriental qui s'achèvera en 1912, à l'heure du protectorat.

  • Dès les années 1970, les auteurs du nouveau roman, réunis autour des Éditions de Minuit, se défendent d'appartenir à un mouvement littéraire commun.
    Pourtant, dans cette correspondance inédite, initiée par Claude Ollier et Alain Robbe-Grillet, puis échangée en septuor, on découvre de véritables liens. Vieux amis, protecteurs, complices ou adversaires, Michel Butor, Claude Mauriac, Claude Ollier, Robert Pinget, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon se soutiennent, se lisent, s'éloignent... Toute la richesse de leurs émotions se lit dans ces pages. Leurs lettres révèlent l'existence d'un moment nouveau roman. Ce lien perdure jusqu'à la mort de Nathalie Sarraute, bien après que leurs oeuvres se sont imposées sur les bancs universitaires.
    Pièce justificative de l'une des aventures littéraires les plus intenses du siècle passé, la correspondance du nouveau roman permet de retracer, chapitre après chapitre,
    son histoire.

    Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation d'entreprise La Poste.

  • Ce recueil plein de qualités illustre bien un genre un peu particulier que l'on pourrait appeler "poésie critique" ; c'est-à-dire que l'éloge d'un autre poète (ici le plus souvent Borges) est fait par la mise en valeur de ses thèmes et de son "imagerie" personnelle dans le miroir non moins personnel que lui tend le poète-commentateur. Il y faut une connaissance de l'oeuvre du poète en question, une délicatesse de touche et une modestie qui ne manquent pas à Daniel Kay. En effet, tout ce qui fait le monde de l'illustre poète de Buenos Aires : le tigre, la rose, la théologie, le bandonéon, la bibliothèque, etc. se retrouvent ici transposés dans la langue vigoureuse et inventive de l'auteur. À ce tombeau, l'auteur a cru bon d'ajouter quelques stèles plus modestes : Georges Perros, Armand Robin, Victor Segalen et une très belle série de menhirs pour l'entourer et lui rendre hommage.

  • Les poèmes composant la première partie de ce recueil représentent une forme régulière d'un genre nouveau. À la dernière partie s'applique particulièrement le titre ; "élémentaire" doit être compris naturellement comme concernant les éléments, c'est-à-dire la terre, l'eau, l'air, le feu et l'éther.

  • La partie du journal intime de Raymond Queneau qui est aujourd'hui présentée au public ne constitue un tout que par la contrainte des événements extérieurs : ce que Roland Dorgelès appela 'drôle de guerre', c'est-à-dire la période 1939-1940.
    À l'origine elle fut écrite sans idée de publication. Il s'agit d'un mémorial personnel vécu au jour le jour. Presque toute sa vie Queneau a consigné ses réactions quotidiennes. La sincérité et le primesaut font la valeur de ces pages, très étonnantes pour les lecteurs des poèmes et des romans, où Queneau - homme très secret - ne se livrait pas.
    Nous avons ajouté à ce journal un texte, Philosophes et voyous, qui se rapporte à la même époque et qui avait été publié dans Les Temps Modernes.

  • Dans ce bref récit, Michel Crépu évoque la figure de sa mère, quelques temps après la mort de celle-ci. Le texte s'ouvre sur de très belles pages, des mots très justes, pour dire comme l'esprit de qui on aime s'abîme dans la vieillesse pour ne laisser aux proches qu'une enveloppe corporelle familière qui n'est plus la personne qu'on a connue. Il s'agit autant d'un hommage filial que d'une interrogation pudique comme devant le sacré sur ce que fut cette vie qui passe. L'auteur se garde bien de répondre; il propose des pistes, a recours à l'histoire familiale, aux anecdotes remâchées et transmises comme un héritage qui tiendrait dans un baluchon, aux souvenirs des unes et des autres, de certaines cousines qui auraient pu saisir les secrets féminins de cette mère aimée mais discrète. Chemin faisant, l'auteur arrive aux sources de lui-même, de sa propre psyché, de sa propre carrière. Il dit avec humilité et honnêteté comme son métier «d'homme de lettres» était loin de sa mère et n'était pas pour rien dans la fierté qu'elle avait de lui. Tout se passe comme s'il découvrait la littérature en même temps que le désir (ou le désir à travers la littérature) et qu'une pudeur alors s'immisce entre mère et fils. En racontant la vie de sa mère, jeune fille de 20 ans en 1945, «première main qualifiée chez Lelong», fille du sacristain de Chaillot, qui épouse un architecte d'Etampes, Michel Crépu retrace une époque, une destinée féminine dans le devoir et l'amour de sa famille. C'est sur le ton de la confidence qu'il nous parle, ce qui donne au texte une émotion contenue et la finesse d'un camée ancien.

  • « La vie se gagne et se regagne sans cesse, à condition de se convaincre qu'un salut est toujours possible, et de se dire que rien n'advient qui ne prend racine en nous-mêmes. »

    Italie, la Basilicate, été 2005. Alors que le village de Ravina est en fête, Chiara, quinze ans, se volatilise. Les villageois se lancent à sa recherche ; les jours passent, l'enquête piétine : l'adolescente est introuvable. Une horde de journalistes s'installe dans une ferme voisine, filmant le calvaire de l'entourage. Le drame de ces petites gens devient le feuilleton national.
    Des années après les faits, Sandro, un proche de la disparue, revient sur ces quelques mois qui ont changé à jamais le cours de son destin.
    Roman au suspense implacable, L'été sans retour est l'histoire d'une famille maudite vivant aux marges du monde, confrontée à des secrets enfouis et à la cruauté obscène du cirque médiatique.

  • Quercus est le mot latin pour désigner le chêne ; l'auteur, qui dit avoir vécu, enfant, entouré, de chênes, se lance ici, après Virgile et accompagné de Gianni Burattoni et de ses dessins, dans une série de bucoliques. C'est un chant de vie exalté, une déclaration de panthéisme athée assez rare dans la poésie contemporaine. Le séminaire des nuits est une plongée dans le monde fantasmatique de la nuit, avec ses frayeurs enfantines et ses dérives adultes, sa mélancolie et la solitude. Le côté varoque, la tonalité et la maîtrise de cette poésie sont les marques de cet auteur.

  • Il y a dans cette centaine de poèmes en vers et en prose autour de la beauté, de son aura, de son approche, de son mystère, quelque chose qui s'apparente à un feu d'artifice. Le ciel poétique en est comme bouleversé. Y concourent des brassées d'images étonnantes, portées par des rythmes inattendus, et soutenues par une grande maîtrise de la langue et le naturel de son expression. C'est un véritable art poétique qui se déploie ici et nous rappelle que la poésie est bien la manière de rendre accessible, évident, ce qui reste inexprimable.

  • Étroitement liés aux sentiments religieux de l'auteur, les poèmes de ce nouveau recueil conduisent graduellement le lecteur du quotidien assombri du monde à la lumière intérieure et à la joie ; de l'effacement de Dieu à sa réapparition, cette "voix derrière la porte" qui appelle et qui réjouit. Dans cette montée en vers délicatement harmonieux, Jean-Pierre Lemaire mêle aux impressions de la vie courante, aux beautés de la nature, de nombreuses références au divin ; mais il établit un tel équilibre entre ces éléments de l'existence que sa sensibilité poétique et les données de sa foi peuvent s'y exprimer sans s'exposer à aucune prévention. C'est là assurément l'oeuvre d'une maturité discrète et que sa discrétion impose.

  • Quatre personnes qui n'ont aucune raison de se croiser - un directeur de revue engagé dans un projet artistique un peu fumeux, une jeune escort qui aspire à se voir reconnue comme artiste, un colonel à la retraite, ancien des services de renseignement qui a quelques comptes à régler avec son passé, une philosophe qui attend de connaître les résultats d'examens de santé - se retrouvent pour trois jours à l'abbaye de Lérins, sur l'île Saint-Honorat.
    Pendant ces trois journées scandées par les offices des moines, soumis à la règle du silence une bonne partie du temps, des rencontres inattendues vont s'opérer, des affinités surprenantes se découvrir, des secrets longtemps refoulés se révéler.

  • En 1871, une Constance Monastier, jeune épouse d'un maître soyeux des Cévennes, n'a a priori rien à partager avec un Octave Keller, proscrit de la Commune de Paris, réchappé de la semaine sanglante et de ses 30 000 morts. Tout les oppose : leur milieu, leurs convictions, et cette interprétation de l'insurrection parisienne au sujet de laquelle la jeune femme, dans la diligence qui la ramène à Saint-Martin-de-l'Our, en aura entendu des vertes et des pas mûres.
    Tout les oppose, et pourtant c'est bien cette Constance qui profitera d'un incident de parcours pour fausser compagnie aux autres voyageurs, et fuir à travers les monts cévenols avec ce vagabond fiévreux trouvé blessé sur le chemin. Octave aura trois jours pour donner à la jeune femme une autre image de ceux qu'on appelle les communeux. De quoi évoquer la haute figure de l'Admirable, autrement dit d'Eugène Varlin, de quoi la convaincre que la justice et la générosité font un très honnête programme, de quoi le réconcilier, lui, hanté par les visions du massacre, avec le meilleur de la vie, de quoi découvrir ensemble que l'amour n'a pas déserté, alors que tout autour le monde ancien bascule dans la modernité, que le cheval cède devant le train, que le cinéma s'annonce, et que le roman en aura bientôt fini avec ce genre d'histoires. Mais Constance Monastier, la plus belle ornithologue du monde, dont une pierre gravée sur le mont Lozère porte le souvenir, valait bien qu'on renoue avec certaines pratiques romanesques...

  • Préhistoires

    Jean Rouaud

    "C'est la plus belle énigme de l'histoire du monde.
    Pas la plus mystérieuse, la plus belle. Une litanie de splendeurs : Lascaux, Rouffignac, Niaux, Pech-Merle, Font-de-Gaume, Altamira, le Roc-aux-Sorcières, Chauvet, Cussac, devant quoi on reste bouche bée, médusé. Ceux-là, qu'on imaginait en brutes épaisses tout juste descendues du singe, qu'on habillait de peaux de bêtes et qu'on coiffait avec un clou, ceux-là en savaient aussi long que nous sur la meilleure part de nous-mêmes. Quant à comprendre ce qui leur passait par la tête, comment on en vient à s'enfoncer sous terre, en rampant parfois, pour peindre des merveilles qui échapperont au regard de la petite multitude du temps, il nous reste à l'imaginer. Le paléo-circus, ce serait donc l'histoire du premier coup de pinceau. Mais nos ancêtres n'en restèrent pas là. Quelques milliers d'années plus tard, en bord de mer, ils inventaient le premier site en ligne. Bien sûr. À Carnac."
    Jean Rouaud.

  • "Voilà réunis quinze récits menuisés au cours des récentes années. Un poète russe est tant amoureux qu'il va chevaucher la Volga, un homme de gauche grisé par son pouvoir sur quelques amis incline vers la dictature. C'est pour assister à une très particulière mise à mort que le village se rassemble. Et l'ingénieur de la mine de cuivre, est-ce lui qui a rencontré une actrice ? Comment les trois paysans ivres ont-ils trouvé le trou de la serrure ? À l'évidence, le passé s'augmente d'un avenir ! Le sacristain qui tout à l'heure contait l'église voudra sonner les cloches et le marchand de bestiaux, son camion grand ouvert, redouble cris et coups de bâton sur le dos des vaches."
    J.-L. T.

  • "Je la revois dansant nue dans la pénombre de la chambre. Pendant plus d'une heure, au bord de la folie, elle m'offre ce que j'aime le plus chez elle. Puis le souvenir de la flamme s'éteint et ne restent plus que les traces de sa violence : mon dos qu'elle a labouré avec ses ongles jusqu'au sang. Il fallait bien qu'elle exprime sa fureur, sa tristesse de tigresse en cage qui me reproche de partir bientôt, libre d'aller et venir à ma guise alors qu'elle est enfermée sur cette île noire, ce grand purgatoire des solitudes."
    Un cinéaste se rend à La Havane pour y tourner un documentaire. Il y rencontre Chaytan, un Iranien en exil, qui lui servira de guide à travers tous les lieux mal famés de "la capitale des douleurs". Leurs errances nocturnes les plongent dans un film noir.

  • Olympia

    Paul-Henry Bizon

    Jeune femme puissante, Roxanne Vidal dirige le marketing d'un grand groupe horloger suisse. Pour la campagne publicitaire des Jeux de Paris 2024, elle décide de faire de Marie-José Pérec son égérie. En visionnant ses exploits, elle se persuade que cette dernière a disparu après sa défection à Sydney. Cette « révélation » va bouleverser sa vie et faire resurgir des souvenirs qu'elle croyait enfouis à jamais dans les ruines d'Olympia, un stade abandonné devenu l'utopie d'une communauté d'athlètes.
    "J'ai voulu faire d'Olympia un sanctuaire sans compétition, sans violence, un endroit que mes soeurs et mes frères pourraient habiter en oiseaux."

  • Maria Malibran a été la Callas du XIXe siècle. Espagnole née à Paris, devenant la plus grande diva de son époque et vivant une passion amoureuse brisée par une mort tragique à vingt-huit ans : son destin est celui d'un personnage de roman. Durant les dernières semaines de sa vie, elle se raconte dans cette autobiographie imaginaire décrivant une femme, avec ce feu qui brûle en elle, une époque, avec ses mille et une transformations, et un milieu, celui de l'opéra et de la société qui gravite autour avec ses flamboiements et ses ombres.

  • Nous sommes dans une pièce de théâtre. On y tourne un film sur le Bartleby de Melville. Tous ceux que réunit le tournage ont une raison puissante et personnelle de participer à cette création.
    Ainsi Daniel Pennac nous invite-t-il, en rapprochant la figure de son propre frère de celle du fameux scribe, à visiter les coulisses du théâtre, du cinéma et l'atelier d'un grand écrivain.

  • Buenos Aires, septembre 1930. Antoine de Saint-Exupéry, chef d'exploitation de l'Aeroposta Argentina, fait la connaissance de Consuelo Suncín Sandoval, la jeune veuve salvadorienne de l'écrivain Enrique Gómez Carrillo. Après quelques semaines de vie commune en Argentine, ils choisissent de se marier en France auprès de la famille de l'aviateur.
    Mais la vie conjugale du couple sera un parcours bien chaotique, malgré tout ce qui les réunit - et en premier lieu leur imaginaire commun, peuplé d'étoiles, de petits animaux et de toutes sortes de trésors. L'aventureux ' Tonio ' attend de son épouse une attention et un réconfort de tous les instants que le tempérament de celle-ci, éprise de liberté et douée d'une irréductible fantaisie, ne peut lui apporter continûment.
    Mais Antoine et Consuelo ne se délieront jamais de leur alliance, pourtant soumise à des polarités contradictoires. Sacrée à leurs yeux, elle les réunira dans les moments les plus difficiles, jusqu'à New York où l'écrivain se trouve exilé entre 1941 et 1943. Et la promesse réciproque d'un amour inconditionnel leur permettra de supporter, non sans souffrance, l'éloignement et l'inquiétude, lorsque l'engagement militaire de l'écrivain les rendra inévitables - jusqu'à la fin tragique de juillet 1944.
    Ces années sont aussi celles de l'écriture du Petit Prince - une fable qui illumine, en leur donnant son sens le plus profond, ces lettres souvent déchirantes d'émotion, où alternent la grâce et le désarroi, la défiance et la lumière. Un jeune prince voyageur, une rose et son globe : nous y sommes ! ' Il était une fois un enfant qui avait découvert un trésor ', écrit Antoine de Saint-Exupéry dans sa première lettre à Consuelo. ' Mais ce trésor était trop beau pour un enfant dont les yeux ne savaient pas bien le comprendre ni les bras le contenir. Alors l'enfant devint mélancolique. 

  • "J'ai appris à connaître toutes les pierres de la rivière. J'ai compris que ces pierres n'ont pas besoin d'apprendre à me connaître ; que la nature n'a pas besoin de moi. Que moi seule ai besoin d'elle."
    Rien ne destinait Sabrina à une carrière artistique. Élevée par une mère fragile dans un milieu modeste, elle a peu de perspectives d'avenir. Jusqu'au jour où, lors de la visite scolaire du musée Rodin, elle découvre sa vocation : elle consacrera sa vie à l'art. Dès lors, Sabrina se voue totalement à ce projet. La précarité étudiante est vite compensée par les amitiés fortes et la richesse des recherches artistiques. Mais les soubresauts de sa vie amoureuse et les bouleversements d'un monde dont l'effondrement semble inéluctable ne tardent pas à infléchir sa trajectoire.
    À travers le destin d'une artiste contemporaine, Katrina Kalda interroge la place de l'art dans un univers en crise. Son écriture, harmonieuse et assurée, soutient ce roman plein d'émotions.

  • À l'origine de ce récit, l'escapade de trois jeunes gens dans une vieille demeure, Bois Clair, où allaient se graver ces scènes primitives de l'amitié et de l'amour, comme un Âge d'or et d'innocence, au fond d'une forêt d'automne battue de pluie et poésie.
    Pour ne pas gâcher l'amitié et l'amour, ni couper trop tôt sa prose juvénile de l'émotion qui l'avait fait naître, il aura fallu au narrateur poursuivre le plus loin possible son voyage initiatique après la mort de ses amis, le jeune homme et Diane, et leur image roussie, de l'autre côté.
    On reconnaîtra peut-être un philosophe, dont le suicide du haut de la tour Montparnasse n'aura cessé de hanter l'auteur, et sa femme, une essayiste et romancière, qui lui survécut une trentaine d'années et inspira, entre autres figures féminines, le personnage de Diane.

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