Lawrence Olivier

  • «En général, le langage et la parole ont pour enjeu de nouer des liens entre les hommes. Communiquer en résume la fonction vitale. Le langage est un médiateur puissant - le plus puissant sans doute - de la communication humaine. Cette conception n'est cependant que l'exigence d'une certaine expérience, certes la plus répandue, mais pas la seule.
    Le projet d'une sémiotique in-signe, une manière de " détruire " le langage, existe sous des formes variées, même si ce n'est pas sous celle d'un savoir institué. Des poètes, des " fous", se sont attaqués au langage pour le détruire, avant qu'ils ne le soient eux-mêmes par lui. De cette expérience nous gardons les traces d'un combat terrible et d'une défaite humiliante. Ils ne sont pas parvenus à détruire le langage, malgré une sagacité hors du commun face à lui. L'entreprise est apparue insensée car plusieurs y ont rencontré la mort. C'est dire que détruire n'est pas une de ces tâches dont on s'acquitte facilement : elle met en balance sa propre existence. Mais il y a au moins une autre expérience possible du langage, une expérience limite, celle de l'insensibilité, de l'insensé et de l'ignorance, qui reconduit le soi au bord de lui-même où il se dessaisit de ce qu'il vient de dire et met en question le pouvoir même d'énoncer. Le langage n'est, là, soumis à aucune exigence, n'étant porteur d'aucune médiation. Il n'est entremetteur de rien, ni échange réciproque ni arbitrage. La communication ne semble pas passer, la relation promise et espérée ne s'établit pas. On entre alors au coeur du langage, au plus profond de lui, là où il se refuse à lui-même. C'est cette expérience que nous allons privilégier dans l'étude de l'absurde.» (L.O.)

  • Par-delà les effets de mode et les motifs politiques qui ont pu aider ou nuire à sa réception, l'oeuvre de Gilles Deleuze semble plus que jamais mobilisée et retravaillée dans des domaines étonnamment divers de la pensée contemporaine. Notre ouvrage s'inscrit dans ce contexte vivant par une série d'études et de dialogues critiques centrés sur trois aspects fondamentaux : les propositions deleuziennes pour une philosophie de la nature, ses propositions sur le statut et le propre de la pensée et, enfin, les horizons politiques d'une oeuvre protéiforme. Trois aspects par lesquels cet esprit classique qu'était aussi Deleuze retrouvait peu ou prou la tripartition stoïcienne de la philosophie. Mais trois aspects désormais traversés par une même intuition et une même visée : l'élaboration systématique de cette pensée de la différence qui hante notre époque.

  • Puisque l'humour semble si ordinaire - tout le monde rit et peut faire rire - il n'est généralement pas perçu comme un objet de recherche en science politique. Pourtant, quand l'on s'y attarde, les liens qui unissent le politique et l'humour saisissent par leur complexité. Pour certains, l'humour endort les foules et évite le politique par son cynisme inhérent. Pour d'autres, le rire est nécessairement politique par ses fonctions subversives et conservatrices.

    Il peut parodier le pouvoir en place tout comme pousser les gens à entrer dans la norme par la crainte qu'il inspire. Ce collectif est issu d'un désir partagé entre chercheurs de disséquer l'humour (satire, parodie ironie, comédie, etc.) et ses entrailles politiques. Il fait suite à un premier atelier de recherche, «L'humour comme la continuation de la politique par d'autres moyens», organisé à l'UQAM en 2012.

  • Qu'est-ce que l'épistémologie et quelle est son utilité en science politique? La science politique peut-elle nous expliquer le comment et les raisons qui ont causé un événement? Peut-elle permettre de trouver des solutions pour améliorer une situation? Voilà les questions auxquelles les auteurs de ce livre tentent de répondre. Ils nous permettent de constater toute l'importance accordée à la pratique épistémologique dans la quête d'une compréhension du monde politique qui nous entoure et de nous interroger sur le rôle du savoir dans la construction d'un ordre social.

  • Sans négliger la place de la méthodologie (collecte des données, outils et techniques d'analyse, etc.) dans la recherche en sciences humaines, il faut toutefois admettre que ce sont l'argumentation et la rhétorique qui prédominent à l'étape de la rédaction. _x000D_
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    Toute recherche veut démontrer ou faire admettre une thèse. Pour ce faire, il ne suffit pas d'accoler bout à bout les données empiriques, comme il ne suffit pas d'étaler sur une table des bleuets, de la farine, du sucre et du beurre pour prétendre qu'il s'agit là d'une tarte aux bleuets. Chaque argument doit s'enchaîner selon un ordre logique pour en arriver à présenter un énoncé vrai ou vraisemblable. _x000D_
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    S'adressant aux étudiants des cycles supérieurs, Argumenter son mémoire ou sa thèse explique comment bâtir une structure argumentative qui respecte les liens de nécessité unissant les arguments entre eux, tout en établissant une hiérarchisation entre les énoncés. L'ouvrage recense également les divers procédés rhétoriques qui, utilisés à bon escient, consolident la communication et engagent l'adhésion des pairs à la thèse._x000D_

  • L'humour coïncide d'ordinaire avec les champs de significations de la gaieté, du divertissement, de la liberté et de la cohésion sociale. Sous ce vernis candide et conciliateur, l'humour est pourtant loin d'être une activité humaine dénuée de violence. Alors que certaines productions humoristiques (plaisanteries quotidiennes, stand-up, films, etc.) portent avec elles une violence aisément (re)connaissable, d'autres en couvent une qui se révèle être beaucoup plus subtile, qu'on peine à discerner. À plus forte raison, cette subtilité s'accompagne souvent d'une banalisation des grands systèmes de domination symbolique comme le racisme, l'homophobie, le sexisme, la transphobie, le capacitisme et plus largement le dédain pour les classes populaires. L'imperceptibilité de cette violence liée aux systèmes de domination est parfois telle qu'elle (pré)dispose certains groupes à en user, (re)produisant par cela les conditions de leur propre marginalisation et/ou minorisation. Ce phénomène, Pierre Bourdieu l'a nommé « violence symbolique ». En adoptant cette notion comme outil de travail, et en la revisitant, ce collectif examine les parts sombres de l'humour, sans pour autant négliger sa puissance critique. Composé de réflexions théoriques et d'études de cas, cet ouvrage a pour but de rendre plus perceptibles ces liens qui unissent humour et violence qu'on peine encore aujourd'hui à discerner.
    Julie Dufort enseigne la science politique au collège André-Grasset et à l'École nationale de l'humour.
    Professeur au département de science politique de l'UQAM, Lawrence Olivier enseigne la méthodologie et la pensée politique.
    Martin Roy est candidat au doctorat en cotutelle internationale de thèse à l'Université d'Ottawa et à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris.

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