Littérature générale

  • Le Dernier Jour d'un Condamné

    Victor Hugo

    • Ska
    • 26 Octobre 2019



    De Victor Hugo à Robert Badinter, retour sur un combat pour l'abolition de la peine de mort à travers leurs textes...

    Il est dix heures.
    Ô ma pauvre petite fille ! encore six heures, et je serai mort ! je serai quelque chose d'immonde qui traînera sur la table froide des amphithéâtres ; une tête qu'on moulera d'un côté, un tronc qu'on disséquera de l'autre ; puis de ce qui restera, on en mettra plein une bière, et le tout ira à Clamart.
    Voilà ce qu'ils vont faire de ton père, ces hommes dont aucun ne me hait, qui tous me plaignent et tous pourraient me sauver. Ils vont me tuer. Comprends-tu cela, Marie ? Me tuer de sang-froid, en cérémonie, pour le bien de la chose ! Ah ! grand Dieu
    S'il est un artisan historique de l'abolition, c'est bien notre Victor national. Ce grand bourgeois, sensible à la misère du temps, à la férocité du système pénal, fut pugnace et constant. Il fallut le mûrissement des années et le cheminement à bas bruit dans les têtes et les coeurs des arguments et des raisonnements où se mêlèrent également : compassion et croyance en l'homme. Et un siècle et demi les séparant, on pourra lire également deux discours, celui de Hugo en 1848, et celui, mémorable, de Robert Badinter, alors Garde des Sceaux en 1981.





  • Boule de suif

    Guy De Maupassant

    En 1870, après la défaite contre les Prussiens, dix voyageurs quittent Rouen en diligence. La nuit venue, ils font halte dans une auberge. Le lendemain, un officier allemand leur interdit de reprendre la route. En veut-il à leur argent ou Boule de Suif est-elle la raison de ce « caprice »oe Qui cèderaoe

  • Amok

    Stefan Zweig

    Sur le pont du transatlantique qui doit le ramener de Calcutta en Europe, le narrateur est brusquement arraché à sa rêverie par la présence quasi fantomatique d'un autre passager, qui se décide, lors d'une seconde rencontre, à lui confier le secret qui le torture. « Amok [.] est l'enfer de la passion au fond duquel se tord, brûlé, mais éclairé par les flammes de l'abîme, l'être essentiel, la vie cachée.»

  • La dame de pique

    Alexandre Pouchkine

    Le récit le plus célèbre de Pouchkine dans une nouvelle traduction d'André Markowicz.
    En 1833, Alexandre Pouchkine (1799-1837), poète déjà célèbre entre tous en Russie, se souvient de l'histoire d'une vieille comtesse, Natalia Pétrovna Golitsina, qui passait pour détenir le secret de toujours gagner aux cartes. Ce secret, elle avait même refusé de le partager avec son petit-fils. Pouchkine, joueur lui-même, donne avec la sobriété, la force et l'élégance d'un de ses poèmes, la nouvelle fantastique la plus célèbre de la littérature russe.

  • "Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même les onze mille verges me châtient si je mens !" Tel est le serment fait par le prince Mony Vibescu à la belle Culculine. De Paris à Port-Arthur en passant par Bucarest, le fougueux Roumain va prouver sa passion de maintes manières à bien des partenaires.

  • Les portes claquent et les quiproquos s'enchainent dans ce bordel au nom évocateur... Ska publie cette pièce peu classique signée Guy de Maupassant. « La pièce essayant de marier Eugène Labiche et la pornographie crasse penche du côté de la grosse farce aux ressorts graveleux. » selon Max Obione dans sa préface. Cette comédie qui se déroule dans un bordel sordide vaut par la personnalité de l'auteur de La Maison Tellier et celle des spectateurs prestigieux qui l'ont vue. Une comédie curieuse et théâtrale EXTRAIT RAPHAËLE (une prostituée) Faites-vous bien feuille de rose ? MADAME BEAUFLANQUET (une bourgeoise innocente se méprenant sur la nature de l'établissement et de ses occupantes) Feuille de rose ! (à part) ah oui des confitures de Turquie (haut) je n'en ai jamais mangé. (Les femmes se mettent à rire) FATMA Elle ne connaît pas feuille de rose ! Qu'est-ce qu'elle fait alors ? RAPHAËLE Et petit salé alors ? MADAME BEAUFLANQUET Ah ! ça oui. RAPHAËLE Vous connaissez la levrette ? MADAME BEAUFLANQUET Oui. RAPHAËLE Le postillon - le gamin - soixante-neuf - la paresseuse - la brouette ? MADAME BEAUFLANQUET (étonné) Oui, je connais ces choses (à part) quelles drôles de question font les femmes de Turquie. On m'avait dit aussi que les odalisques étaient d'une ignorance. RAPHAËLE Elle me va cette petite femme là. Aimez-vous à bouffer le chat ? MADAME BEAUFLANQUET Oh ! j'adore les chats. RAPHAËLE Ah ! bien puisque nous avons les mêmes goûts, je vous offrirai le mien. A PROPOS DE L'AUTEUR Guy de Maupassant, écrivain français du XIXe siècle, est l'auteur de contes, nouvelles et romans passant du réalisme au fatastique. Ses thèmes de prédilection sont: les paysans normands, leur vie malicieuse et difficile, la société moderne, la bourgeoisie et le vice des classes élevées. Max Obione, qui préface cette nouvelle, s'est emparé du noir sur le tard afin de donner libre cours à son tempérament libertaire. Ce jeune auteur tardif revisite les archétypes du genre. C'est un franc-tireur des lettres qui, se reposant du noir un temps, met du rose à sa palette. Sur le chemin de la littérature érotique, il commence à semer des cailloux libertins.

  • Aphrodite

    Pierre Louys

    • Ska
    • 1 Février 2018


    La belle et sensuelle courtisane et le beau sculpteur vivent une passion tragique à Alexandrie, au temps des Ptolémée...

    « Elle marcha très lentement par la chambre, les mains croisées autour de la nuque, toute à la volupté d'appliquer sur les dalles ses pieds nus où la sueur se glaçait. Puis elle entra dans son bain. Se regarder à travers l'eau était pour elle une jouissance. Elle se voyait comme une grande coquille de nacre ouverte sur un rocher. Sa peau devenait unie et parfaite ; les lignes de ses jambes s'allongeaient dans une lumière bleue ; toute sa taille était plus souple ; elle ne reconnaissait plus ses mains. L'aisance de son corps était telle qu'elle se soulevait sur deux doigts, se laissait flotter un peu et retomber mollement sur le marbre sous un remous léger qui heurtait son menton. L'eau pénétrait dans ses oreilles avec l'agacement d'un baiser. » « [...] revivre, par une illusion féconde, au temps où la nudité humaine, la forme la plus parfaite que nous puissions connaître et même concevoir puisque nous la croyons à l'image de Dieu, pouvait se dévoiler sous les traits d'une courtisane sacrée, devant les vingt mille pèlerins qui couvrirent les plages d'Éleusis... »

    Telle est l'invitation de Pierre Louÿs, entre autres. Cette évocation invite le lecteur à découvrir « cet ouvrage signé d'un grand auteur trop méconnu en dépit du succès du roman, encensé par François Coppée au moment de sa sortie. » nous informe Max Obione dans son avant-propos et d'ajouter : « Sexe et tragédie, ces deux ingrédients romanesques indispensables de la littérature, celle qu'on aime. »




  • Ce classique de la littérature licencieuse loue la liberté sexuelle, exaltant une sorte de

    libertine attitude. Une modernité des moeurs très contemporaine... QQ
    À Paris, une fille de treize à quatorze ans reçoit déjà quelques marques d'attention quand elle est jolie. À cet âge, si j'avais eu la clef des propos flatteurs qu'on commençait à me tenir, j'y aurais aisément reconnu l'hommage du désir. Mais, autant j'avais d'intelligence pour ce qu'il me fallait apprendre, autant j'étais bornée relativement à la galanterie. Me disait-on que l'on m'aimait, je répondais bonnement que j'aimais aussi ; mais sans me douter des plus intéressantes acceptions d'aimer, ce mot si commun ! Bref, je ne savais rien, rien du tout ; et sans des hasards heureux qui m'éclairèrent tout à coup, j'aurais peut-être croupi longtemps dans ma déplorable ignorance.
    Au-delà de la libération des moeurs qui s'expose dans ce roman, il s'agit à cette époque (XVIIIe siècle) de l'inscrire dans un mouvement émancipateur faisant exploser les carcans moraux de la religiosité dominante. En d'autres termes, de mettre de la lumière dans ce siècle qu'on désignera, grâce aux porteurs de flambeaux comme Voltaire, Diderot ou Rousseau et aux écrivains sulfureux libertins, comme le siècle des Lumières. (extrait de la préface de Franq Dilo)


  • Hombres

    Paul Verlaine

    • Ska
    • 29 Avril 2020


    Quand la poésie du pauvre Lelian transcende ses amours mâles...

    [...] Mes amants n'appartiennent pas aux classes riches :
    Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,
    Leurs quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches
    De force assez brutale et de procédés gros.

    Je les goûte en habits de travail, cotte et veste ;
    Ils ne sentent pas l'ambre et fleurent de santé
    Pure et simple ; leur marche un peu lourde, va preste
    Pourtant, car jeune, et grave en l'élasticité ;

    Leurs yeux francs et matois crépitent de malice
    Cordiale et des mots naïvement rusés
    Partent non sans un gai juron qui les épice
    De leur bouche bien fraîche aux solides baisers ;

    Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses
    Réjouissent la nuit et ma queue et mon cu ;
    Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeuses
    Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.
    ...
    Hombres de Paul Verlaine est un recueil de poèmes parus sous le manteau et faisant l'apologie des amours au masculin. Miss Ska se devait de faciliter l'accès à ces merveilles érotiques et fortes. Voilà qui est fait quand les mots du poète s'accordent à sa sexualité, comme un alcool puissant et que résonne sa musique du désir de foutre en cul. Un fleuron de la collection Perle Rose. (Avant-propos d'André Lacaille)

  • Ce texte est l'une des plus célèbres des six nouvelles du sulfureux recueil Les Diaboliques. Cette histoire cynique et amorale raconte la passion adultérine dévorante qui unit le comte Serlon de Savigny à la belle Hauteclaire Stassin, maîtresse d'armes avec qui il aime à croiser le fer. Mais le comte est marié...

  • Histoires épouvantables

    Gaston Leroux

    • Ska
    • 31 Mars 2021

    Le père de Rouletabille met en scène, sur une terrasse de café, cinq loups de mer qui se racontent des histoires épouvantables: C'est à qui dira, avec une délectation certaine, la plus effroyable...




    Il y a de cela bien des années, je me trouvais à Guersaü, petite station sur le lac des Quatre-Cantons, à quelques kilomètres de Lucerne. J'avais décidé de passer là l'automne pour y terminer quelque travail, dans la paix de ce charmant village, qui mire ses vieux toits pointus dans une onde romantique où glissa la barque de Guillaume Tell. En cette arrière-saison, les touristes avaient fui et tous les affreux Tartarins, descendus d'Allemagne avec leurs alpenstocks, leurs bandes molletières et leur chapeau rond inévitablement adorné d'une plume légère, étaient remontés vers leurs bocks et leur choucroute et leurs « gross concerts », nous laissant enfin le pays libre entre le Pilate, les Mitten et le Rigi. [...]



    Gaston Leroux s'amuse beaucoup à écrire ces histoires, qui sont autant d'hommages à ses maîtres, Balzac, Stendhal, Dumas, Maupassant et Mirbeau... Le maître ne perd jamais de vue que le bizarre, l'étrange, le grotesque savent très bien s'accommoder d'un zeste d'humour noir et de dérision, elles procurent toujours un délicieux frisson au lecteur bien emmitouflé sous ses couvertures par un soir de tempête. (Extrait de la préface de Roger Martin)

  • Le Surmâle

    Alfred Jarry

    Les exploits abracabrantesques d'un champion fornicateur... Le père du père Ubu pousse le bouchon toujours plus loin. Dans cette fable visionnaire où s'allient performance et dopage, le mélange de sexe et d'humour constitue un cocktail revigorant qui réussit si bien à Jarry dans ses oeuvres. Un classique de la littérature érotique préfacé par Jan Thirion EXTRAIT Sous son étreinte Ellen cria douloureusement, se leva en titubant un peu, une main à sa gorge et l'autre à son sexe ; ses yeux furetèrent autour d'elle, comme un malade cherche une potion ou un éthéromane son Léthé... Puis elle retomba sur le lit : sa respiration, à travers ses dents serrées, avait le même bruit d'imperceptible bouillonnement que font les crabes, ces bêtes qui fredonnent peut-être ce qu'ils essayent de se rappeler des Sirènes... Tâtonnant toujours de tout son corps vers l'oubli de la brûlure profonde, sa bouche trouva la bouche de l'Indien... Et elle ne se souvint plus d'aucune douleur. A PROPOS DE L'AUTEUR Alfred Jarry, né à Laval le 8 septembre 1873 et mort à Paris le 1?? novembre 1907, est un poète, romancier, écrivain et dramaturge français. Il fut aussi dessinateur et graveur.


  • Dévergondages, fessées et pétarades, entre autres, relatées par une fillette passablement délurée...

    « Et m'écartant les fesses, elle me cingla la chair à l'endroit coupable, sur les parois mêmes du trou indiscret. Je rugis, je me tordis. Il fallut toutefois supporter aussi le fouet dans cette partie sensible, après avoir eu les fesses et les cuisses toutes meurtries. Le sang coulait, le balai était brisé, ma tante était fatiguée de me fouetter, elle cessa enfin la correction, mais avant de me laisser aller, elle se fit apporter un bol rempli de vinaigre et m'épongea le derrière. La cuisson fut horrible. Ma croupe fit alors un si brusque mouvement que le bol de vinaigre s'échappa des mains de ma tante et que je me relevai et m'enfuis au milieu des rires des gens du village qui venant à passer devant le jardin avaient assisté à ma correction et s'en étaient divertis. »
    Dans ce couvent de novices impudiques on trouve les figures du tribadisme les plus débridées. N'est-ce point pécher ? Dès lors, le vice doit être châtié. Les châtiments s'imposent pour dresser les récalcitrantes, remettre dans le droit chemin les déviantes, les joyeuses, les petites amoureuses du plaisir enfantin. Alors la fessée corrige, les martinets entrent en action, les badines s'abattent sur les jolis petits culs, mais, comble d'ironie diabolique, l'éducation féroce mène aussi à la jouissance. (Extrait avant-propos de Franq Dilo)

  • Les vieilles décences

    Max Obione

    • Ska
    • 20 Novembre 2018




    Les céréales qui leurrent envahissent la plaine... les papys flingueurs font le ménage !...


    « Cette terre est morte, elle est stérile aujourd'hui, l'abus des techniques productivistes a ruiné la fertilité de nos plaines, cette terre épuisée ne donne qu'à la condition qu'on la gave de semences pré traitées, d'engrais à haute dose, de produits chimiques de toute sorte. Et ce, pour n'obtenir que des grains de qualité médiocre pour l'alimentation humaine... ».
    Le plan suivant montrait une manif. Au premier rang, sous une banderole, on reconnaissait Mornand aux côtés de Septeuil. Daphné Mornand interrompit le visionnage.
    - J'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose.



    Une enquête menée tambour battant par un flic haut en couleur et fort en gueule en compagnie d'un juge qui se dessale, tous deux à la retraite. Ils s'en donnent désormais à coeur joie pour débusquer les salauds en appliquant la loi, la Leur !... Max Obione nous donne un polar jubilatoire et écologique, enfin presque question méthode...

  • Circus Ghetto

    Claude Soloy

    • Ska
    • 27 Juin 2020

    Dans un Rouen bombardé durant la dernière guerre naît un marmot, un têtard, qui raconte avec ses mots disloqués : sa famille, sa vie dans son quartier peuplé de clowns de son âge et de personnages singuliers...


    Élargir le fleuve impassible jusqu'à l'horizon pour que s'y engouffre l'océan couleur de catafalque, eau désormais infranchissable pour l'ennemi, se précipiter dans les abris et tant pis si on galope à schlague abattue sur la piste défoncée pour gagner l'autre bord et se terrer, on se bouscule, on saute, on s'éclabousse de soi sans pudeur lorsqu'une balle perdue trouve son maître ou sa maîtresse, la blessure est déjà d'encre, corrompue par la poudre, on se déchire par fragments d'intimité, et c'est ce puzzle de chairs poisseuses, de paletots et de leggins en charpie que charrie l'eau secouée de spasmes. Des chevaux arrachés aux quais y hennissent encore et leurs attelages les tirent par la queue vers les bas-fonds, les poissons se font fritures pour les temps difficiles. Nuit frémissante du fleuve sombre s'étirant jusqu'au delta, cet ultime système veineux incapable de filtrer ses eaux et d'en retenir la substantifique moelle.
    Mon innocence n'était qu'une tétine de biberon voguant sur les pleurs de Chose Mère qui ne comprenait rien à la guerre, ou faisait semblant, je ne sais pas. Pourquoi, disait-elle, on n'était pas trop malheureux avant, et maintenant, avec toutes ces privations c'est encore pire.


    Dans ce voyage au pays l'enfance, Claude Soloy nous donne son roman le plus personnel. Il évoque tous les sortilèges et les peurs engendrés par des lieux ordinaires, les passions et les haines suscitées par des personnages hauts en couleur et surtout l'immense amour qu'il éprouve à l'égard de ses proches. Le tout est magnifié dans le style propre à l'auteur, fait de références et de poésie, où le fantastique le dispute à la fantaisie. L'amoureux de la langue s'y exprime avec une alacrité magnifique. Claude Soloy est un littérateur bêtement ignoré du monde de l'édition. Ska est fier de vous offrir l'occasion de plonger dans son monde imaginaire assis, en l'occurrence, sur les réminiscences extirpées de l'amnésie de son enfance.

  • Loulou

    Max Obione

    • Ska
    • 27 Juin 2020

    L'itinéraire rocambolesque et amoureux de Marie-Louise Berthet, successivement fille de joie, bonne soeur et anarchiste..., surnommée Soeur Fouettard eu égard à sa spécialité cinglante... QQQ


    [...] Alors n'écoutant que mon désir, je tire la lieuse de chanvre qui lui sert de ceinture et je l'enjambe m'asseyant sur ses genoux. Je fourrage son bourgeron et extirpe son bâton magnifique, je siffle d'admiration, il souffle comme pris de panique, parait se débattre.
    - Laisse-toi faire, père Milon. Tu as bien mérité une petite récompense.
    Je saisis son bois raide que je ne peux circonscrire de ma main tant sa taille est imposante et l'enfourne délicatement dans ma minette au museau mouillé. J'ai peur qu'il me déchire, mais je le sens passer lentement les faubourgs puis pénétrer le boulevard principal, se diriger vers le centre. Son gros gland déplisse et repasse toute la friperie, il s'en vient et va, lentement, en cadence lourde et molle, dans le tempo de la danse que j'imprime à loisir en poussant sur mes jambes. Ce bougre occupe tout l'espace et tape au fond. Il me régale. Il me l'a fait au béguin, l'homme du topinambour et de la cerise réunis. Le vin aidant, il y a si longtemps que je n'avais pas connu ce chamboulement, cette sensation, ce bonheur. Les passes, les caprices, les saloperies des clients de la mère Aubin, envolés, lointains, en cet instant je m'appartiens, je cède, consentante et heureuse, je suis à l'initiative, pleinement moi.
    Son odeur de mâle m'enivre. Il est en moi, je le serre dans mes bras à m'en faire mal. Je fais battre mes petites ailes de papillons sur sa queue en contractant ma minette, ma savante minette ; il ne bouge pas dans cette position, je le subjugue, il souffle toujours comme l'on fait sur une brûlure pour en atténuer la piqûre. Il prononce des paroles bourrues, incompréhensibles.
    - Je sens la pisse, hein ? T'aime ça, dis ?
    Il geint comme s'il était malade, puis je sens qu'il m'inonde de son foutre épais, chaud et grumeleux. Je pars illico à la Versailles, le berlingot en folie, j'en tremble, de toutes les parcelles de mon corps, je jouis de ce bonheur après cette peur, cette peur de mourir.
    Assommée un temps, je saute de ma position et vais m'allonger sur la paillasse. Je lui tends les bras :
    - Venez mon beau seigneur rejoindre votre petite femme !
    Il manque de tomber les pieds entravés par son pantalon. Il s'effondre sur moi et nous nous aimons jusqu'au petit jour.



    La barricade de la place Banche une fois tombée, Loulou échappe à la répression sanglante de la Commune de Paris (1871) en sautant le mur d'un couvent. Pour se protéger, la fille de joie devient soeur Angélique de la Miséricorde divine... Aidée de soeur Véronique, elle soigne les pauvres gens du Marais. En même temps, elle fait fructifier son ancienne spécialité en fouettant les derrières des puissants. Dans le Paris de la IIIe République naissante, on la surnomme Soeur Fouettard. Mais c'est toujours l'amour de sa vie : Luigi, le beau maçon piémontais disparu dans les turbulences de la guerre franco-prussienne qui l'obsède. Lors des funérailles de Victor Hugo, elle le reconnaît dans la Légion italienne qui défile. Elle défroque et suit son amant dans sa lutte anarchiste... Au cours de ce récit, Loulou croisera Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Tristan Corbière ainsi que Louise Michel, Nathalie Le Mel, Jules Vallès, etc.



    Cette histoire a fait antérieurement l'objet de 6 épisodes d'un feuilleton publiés chez SKA sous le titre de Soeur Fouettard. Max Obione y révèle son style suggestif fait de fluidité et, en l'occurrence, d'images licencieuses du plus bel effet. Un régal !

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