Seuil

  • La dynamique de la société « hyper-industrielle » est-elle compatible avec l'urgence écologique ? Les gains d'efficacité considérables mis en oeuvre par la machine industrielle ne suffiront pas à enrayer la catastrophe écologique qui menace. De nouveaux régimes de sobriété sont nécessaires. Mais, pour être désirables, ils doivent s'inscrire dans une réorientation des priorités productives : santé, éducation, alimentation, loisirs, sécurité, mobilité. Cette économie humano-centrée est en train d'émerger, mais son versant collectif reste largement à construire. C'est là que se trouvent les emplois permettant de sortir du monde thermo-fossile. Ainsi pourra-t-on fonder une nouvelle base productive, plus durable, enfin recentrée sur les besoins essentiels des êtres humains.

  • Les grands thèmes de protestation, largement relayés par les médias, tournent aujourd'hui autour de l'« explosion » des inégalités et de la « sécession » des grandes métropoles. Il est donc crucial de procéder à un état des lieux au regard de toutes ces revendications. « Abandon des territoires », vraiment ? De quelle « fracture territoriale » parle-t-on ? Car les métropoles, Paris, Lyon, Nantes ou Toulouse, sont de véritables poules aux oeufs d'or pour les autres régions. En outre, les territoires dits « périphériques » bénéficient de mécanismes qui viennent compenser les pertes agricoles et industrielles qu'ils ont subies. D'où ce paradoxe : en dépit de la concentration croissante des richesses, les inégalités de revenu entre les territoires se réduisent depuis des décennies.

  • Alors que le féminisme est plus que jamais nécessaire, il est malmené de toutes parts. D'un côté, des pseudo-radicalités instruisent le procès d'un « féminisme blanc » qui irait d'Olympe de Gouges à aujourd'hui. De l'autre, une mouvance de droite et d'extrême droite instrumentalise le féminisme dans une perspective identitaire, nationaliste et raciste. Face à ces entreprises de brouillage et de régression, il est urgent de réaffirmer la valeur de l'émancipation et de plaider pour un féminisme universel, concret et pluriel. Ni décolonial ni occidental, le féminisme se construit sans cesse, dans les luttes et la solidarité des combats quotidiens.

  • Ces dernières années, le catholicisme français a été secoué par une série de scandales : des violences sexuelles ont été exercées sur des enfants et des religieuses, avec le silence et parfois même la protection de la hiérarchie. Ces affaires affaiblissent une institution en voie de minorisation, d'un point de vue tant démographique que culturel et politique. Elles conduisent aussi à poser, de manière tout à fait inédite, la question de l'autorité : l'accès des hommes mariés, voire des femmes, à la prêtrise ; une place plus importante pour les laïcs ; une plus grande collégialité dans la prise de décision. Enfin, c'est le rapport de force interne au monde catholique qui se trouve bousculé. Alors que la mobilisation contre le mariage pour tous avait démontré le dynamisme du pôle conservateur, c'est l'autre pôle, plus réformiste, qui monte aujourd'hui au créneau.

  • Le populisme est le produit de deux secousses telluriques. Premier séisme : la montée d'un immense ressentiment contre les partis et les institutions politiques. Face à l'échec de la droite et de la gauche à contenir les excès du capitalisme, la radicalité " anti-système " a brisé les compromis que l'un et l'autre camps étaient parvenus à édifier. Deuxième séisme : la fin de la société de classes, au profit d'une société d'individus pensant leur position sociale en termes subjectifs. Une nouvelle polarité en résulte, qui sépare les " confiants " des " méfiants " envers autrui. La droite populiste surgit au croisement d'une double méfiance – à l'égard des institutions politiques et à l'égard de la société. Elle prospère sur le désenchantement démocratique, tout en renouvelant le clivage gauche-droite. Fondé sur des données inédites, cet ouvrage se révèle essentiel pour comprendre le présent et l'avenir des sociétés démocratiques.
    Doyen de l'École d'affaires publiques, Yann Algan est professeur d'économie à Sciences Po. Économiste, Elizabeth Beasley est chercheuse au CEPREMAP. Daniel Cohen est directeur du département d'économie de l'École normale supérieure et professeur à l'École d'Économie de Paris. Martial Foucault est directeur du CEVIPOF, professeur à Sciences Po.

  • Depuis l'avènement de l'internet grand public dans les années 1990, le web a été perçu comme un outil au service de la liberté d'expression. Mais face à la montée de la désinformation et des discours de haine, une régulation nouvelle se met en place. Les États légifèrent pour encadrer les prises de parole en ligne. Les grandes entreprises du numérique se voient octroyer des pouvoirs de filtrage et de blocage. Le problème survient lorsque l'opacité de ces opérations transforme la modération en censure. Il est urgent d'inventer une régulation démocratique des contenus sur internet, afin que celui-ci demeure pour tous et toutes un espace de débat, d'engagement et de liberté.

  • Nul ne conteste que la santé et l'éducation constituent des priorités absolues. Mais la situation actuelle n'incite pas à l'optimisme : neuf millions d'enfants meurent chaque année avant l'âge de cinq ans de maladies que l'on sait guérir et, en Inde, la moitié des enfants scolarisés ne sait pas lire. Pour remédier à cet état de fait, Esther Duflo évalue localement et concrètement les programmes de lutte contre la pauvreté, à l'aide d'une méthode révolutionnaire : l'expérimentation aléatoire. De l'Inde au Malawi, du Kenya au Mexique, cette méthode permet de répondre à de nombreuses questions : comment rendre plus efficaces les campagnes de vaccination ? Comment améliorer l'instruction des enfants à moindre coût ? Comment lutter contre l'absentéisme des enseignants et des infirmières ? La santé et l'éducation sont les préalables non seulement au bien-être social, mais aussi à la liberté : ce livre montre comment les faire progresser de manière décisive.
    Première titulaire de la chaire " Savoirs contre pauvreté " au Collège de France, Esther Duflo est professeur en économie du développement au MIT et fondatrice de J-PAL, laboratoire d'action contre la pauvreté. En 2009, elle a reçu le prestigieux prix MacArthur, qui récompense les recherches les plus novatrices. Elle publie pour la première fois une synthèse de ses travaux.
    Attention : Il faut prêter attention aux deux logos (AFD et Fondation CdF) au dos des deux volumes

  • " Rendre aux pauvres la lutte contre la pauvreté. " Telle est aujourd'hui la devise de nombreux acteurs nationaux et internationaux, soucieux de responsabiliser les pauvres en leur donnant les moyens de l'autonomie. Mais, avant d'opter pour telle ou telle solution, il faut en mesurer l'efficacité. Le microcrédit est-il cette solution miracle grâce à laquelle le paysan misérable du Bangladesh pourra s'enrichir ? Les conseils de village, en Inde ou en Afrique, permettent-ils vraiment aux communautés de prendre leur destin en mains ? En étudiant la situation sur le terrain, Esther Duflo démontre les naïvetés et les approximations d'un discours qui entend tout miser sur l'initiative des pauvres. Car ni la microfinance ni la gouvernance locale ne peuvent se substituer à des politiques publiques visant à créer des services de santé, à garantir l'offre éducative, à construire des infrastructures, à lutter contre la corruption. Expérimenter sans relâche pour améliorer concrètement la vie des pauvres : c'est ainsi que la vie civique pourra s'épanouir dans les pays en voie de développement.
    Première titulaire de la chaire " Savoirs contre pauvreté " au Collège de France, Esther Duflo est professeur en économie du développement au MIT et fondatrice de J-PAL, laboratoire d'action contre la pauvreté. En 2009, elle a reçu le prestigieux prix MacArthur, qui récompense les recherches les plus novatrices. Elle publie pour la première fois une synthèse de ses travaux.
    Attention : Il faut prêter attention aux deux logos (AFD et Fondation CdF) au dos des deux volumes.

  • L'opposition entre villes et campagnes est dépassée. Attirés par le rêve de " la ville à la campagne ", les périurbains représentent aujourd'hui un quart de la population française. Dans certaines villes, ils sont même devenus majoritaires. Cette révolution silencieuse transforme les paysages des campagnes, où dominent pavillons, centres commerciaux et zones d'activité. Elle bouleverse aussi la géographie sociale de la France : bien souvent, les classes populaires résident dans le centre, alors que les classes moyennes se retrouvent dans les couronnes périurbaines, où elles bénéficient des avantages de la ville et de la campagne. Après avoir été victimes de l'exode rural, les villages ont pris leur revanche.
    Éric Charmes est directeur de recherche à l'ENTPE à Vaulx-en-Velin. Il a notamment publié Villes rêvées, villes durables (Gallimard, 2009, avec Taoufik Souami) et La Ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine (PUF, 2011).

  • Google, Facebook, Amazon, mais aussi les banques et les assureurs : la constitution d'énormes bases de données (les " big data ") confère une place de plus en plus centrale aux algorithmes. L'ambition de ce livre est de montrer comment ces nouvelles techniques de calcul bouleversent notre société. À travers le classement de l'information, la personnalisation publicitaire, la recommandation de produits, le ciblage des comportements ou l'orientation des déplacements, les méga-calculateurs sont en train de s'immiscer, de plus en plus intimement, dans la vie des individus. Or, loin d'être de simples outils techniques, les algorithmes véhiculent un projet politique. Comprendre leur logique, les valeurs et le type de société qu'ils promeuvent, c'est donner aux internautes les moyens de reprendre du pouvoir dans la société des calculs.
    Dominique Cardon est sociologue au Laboratoire des usages d'Orange Labs et professeur associé à l'université de Marne-la-Vallée (LATTS). Avec La Démocratie Internet (Seuil, 2010) et de nombreux articles, il s'est imposé comme l'un des meilleurs spécialistes du numérique et d'Internet.

  • Nos sociétés érigent en idéal la capacité d'agir, celle de l'individu libre et autonome. Pourtant, de tout le corps social montent des exaspérations, revendications ou souffrances de la part de vies empêchées, à mille lieux de cet idéal d'accomplissement. L'avenir de la social-démocratie passe par l'invention de nouveaux pouvoirs d'agir : travail, consommation, liens intimes, citoyenneté, connaissance. Il est crucial de garantir notre puissance d'agir dans toutes ces sphères, sauf à sombrer dans un sentiment d'impuissance face aux inégalités ou à la transition climatique. Cet essai indique les conditions pour que la liberté continue d'exister au bénéfice de chacun et de tous.
    Ancienne élève de l'École polytechnique et des Ponts et Chaussées, Vanessa Wisnia-Weill est expert des politiques éducatives et sociales dans les services du Premier ministre. Elle a publié de nombreux rapports au département " Questions sociales " de France Stratégie.

  • Nous vivons un temps de passions tristes. Ce moment s'explique par le creusement des inégalités, mais surtout par la transformation de leur nature. La souffrance sociale n'est plus vécue comme une épreuve appelant des luttes collectives, mais comme une série d'injustices personnelles, discriminations, expériences du mépris, mises en cause de la valeur de soi. Ne pouvant désigner les adversaires à combattre, les individus sont emportés par un ressentiment dont se nourrissent les populismes de tous bords. Le régime des inégalités multiples engendre une société de la colère. Nous y sommes. Il faut la comprendre, pour être capables de résister aux vertiges de l'indignation.
    François Dubet est professeur de sociologie émérite à l'université de Bordeaux II, directeur d'études à l'EHESS. Il a notamment publié, au Seuil, Les Places et les Chances (2010) et La Préférence pour l'inégalité (2014). Traduit dans le monde entier, il est considéré comme l'un des plus grands sociologues français.

  • Les droits de l'homme sont régulièrement assimilés à une bien-pensance qui conduirait à la crétinisation des esprits. La liberté de l'individu serait responsable de la dissolution des liens sociaux, de la montée des incivilités, de la domination néolibérale. Les droits contemporains signeraient la fin du politique, car ils ne seraient que des revendications égoïstes détachées de toute délibération collective. Il est temps de répondre à ce fatras de reproches. Non, les droits de l'homme ne font pas de nous des malotrus, ni de mauvais citoyens, et ils ne se confondent pas avec le néolibéralisme. Au contraire, il est urgent, aujourd'hui que la tentation autoritaire s'étend, de donner aux droits de l'homme leur pleine signification. Réplique aux confusions ambiantes, ce livre voudrait servir de boussole démocratique pour des temps troublés.
    Justine Lacroix est professeure de science politique à l'Université libre de Bruxelles. Jean-Yves Pranchère est professeur de philosophie politique à l'Université libre de Bruxelles. Ils ont publié ensemble Le Procès des droits de l'homme. Généalogie du scepticisme démocratique (Seuil, 2016).

  • Bienvenue dans la société addictogène ! Alcool, tabac, cannabis, cocaïne, ecstasy, mais aussi écrans, jeux d'argent, porno en ligne : les addictions se sont démocratisées. La prolifération des produits psychotropes et des conduites addictives nous oblige à penser leur régulation. De plus en plus, le marché fournit des produits à moindres risques et des solutions techniques pour réduire leur nocivité. L'État, plutôt que de tout miser sur la répression, peut offrir un cadre propre à réduire les dommages socio-sanitaires. Ce double mouvement – expansion du marché et désengagement policier de l'État – renvoie le drogué dans le champ de la citoyenneté. Car les addicts sont des citoyens, comme vous et moi.
    Professeur à l'université de Lille, Christian Ben Lakhdar est l'un des meilleurs spécialistes de l'économie des drogues et des conduites addictives. Il est membre du Collège scientifique de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

  • Depuis les années 1970, le poids des transmissions patrimoniales n'a cessé d'augmenter, pour se rapprocher des niveaux observés au xixe siècle. Or non seulement l'héritage est très inégalitaire, mais son imposition a reculé dans la plupart des pays. Aujourd'hui, pour devenir riche, il ne suffit pas de travailler beaucoup ; il faut aussi hériter. Cette évolution est contraire à l'idéal démocratique, qui réserve une place centrale au mérite. Vivons-nous encore dans une société moderne ? Pour réparer les inégalités successorales, on peut accroître la progressivité de l'imposition, développer la culture philanthropique et créer une dotation universelle alimentée par les recettes fiscales. Si l'héritage est de retour, il est urgent de le démocratiser.
    Nicolas Frémeaux est maître de conférences en économie à l'université Paris 2. Ses recherches portent sur les inégalités et l'économie de la famille.

  • Les médias sont en crise. Pas seulement la presse écrite, mais toute la chaîne de production de l'information. Confrontés à une concurrence croissante et à une baisse inexorable des recettes publicitaires, les journaux, les radios, les télévisions, les pure players sont tous à la recherche d'un nouveau modèle. Fondé sur une étude inédite des médias en Europe et aux États-Unis, ce livre propose de créer un nouveau statut de " société de média à but non lucratif ", intermédiaire entre le statut de fondation et celui de société par actions. Ce statut permettrait d'œuvrer pour des médias indépendants des actionnaires extérieurs, des annonceurs et des pouvoirs publics, mais dépendants de leurs lecteurs, de leurs salariés et des internautes. Il s'agit d'un modèle économique adapté à la révolution numérique et aux enjeux du XXIe siècle. Le débat est ouvert : il en va, tout simplement, de l'avenir de notre démocratie.
    Normalienne, titulaire d'un doctorat de l'université de Harvard, Julia Cagé est professeur d'économie à Sciences Po Paris. Elle est également membre de la Commission économique de la nation.

  • La mondialisation ne se résume pas au succès de quelques multinationales et à la richesse d'une minorité de nantis. Les acteurs les plus engagés dans la mondialisation demeurent discrets, souvent invisibles. Depuis une trentaine d'années, les routes de l'échange transnational ont connu de profondes mutations. Elles relient aujourd'hui la Chine, l'atelier du monde, à un " marché des pauvres " fort de quatre milliards de consommateurs, en Algérie, au Nigeria ou en Côte d'Ivoire. Pour apercevoir ces nouvelles " Routes de la Soie ", il faut se détacher d'une vision occidentalo-centrée et déplacer le regard vers des espaces jugés marginaux, où s'inventent des pratiques globales qui bouleversent l'économie du monde. On découvre alors une " autre mondialisation ", vue d'en bas, du point de vue des acteurs qui la font.
    Armelle Choplin est maîtresse de conférences en géographie à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, en accueil à l'Institut de Recherche pour le Développement. Elle a publié Nouakchott, au carrefour de la Mauritanie et du monde (Karthala, 2009) et Inconspicuous Globalization (Articulo, 2015 avec Olivier Pliez).
    Olivier Pliez est géographe, directeur de recherche au CNRS (UMR LISST, Toulouse). Il a publié Les Cités du désert. Des villes sahariennes aux saharatowns (PUM-IRD, 2011) et Migrations entre les deux rives du Sahara (Autrepart, 2005, avec Sylvie Bredeloup).

  • Il y a deux manières de concevoir la justice sociale. La première, l'égalité des places, vise à réduire les inégalités entre les différentes positions sociales. La seconde, l'égalité des chances, cherche à permettre aux individus d'atteindre les meilleures positions au terme d'une compétition équitable. Aujourd'hui, en France comme ailleurs, cette dernière conception tend à devenir hégémonique. Mais, si elle répond au désir d'autonomie des individus, l'égalité des chances s'accommode de l'existence et même du développement des inégalités. Contre l'air du temps, François Dubet plaide en faveur du modèle des places : celui-ci combat résolument les inégalités et accroît la cohésion de la société. En montrant comment on peut promouvoir la justice sociale sans tout sacrifier à la compétition méritocratique, ce brillant essai œuvre à la reconstruction intellectuelle de la gauche.
    François Dubet est professeur de sociologie à l'université de Bordeaux II et directeur d'études à l'EHESS. Il a récemment publié au Seuil L'École des chances (2004), Injustices (2006) et Le Travail des sociétés (2009).

  • Depuis plusieurs décennies, la France soutient activement les emplois de services à la personne. Aujourd'hui, le secteur compte 1,2 million de salariés, représentant plus de 5 % des effectifs totaux. Malgré ce succès apparent, cette stratégie n'est ni efficace ni juste. Elle crée un faible nombre d'emplois en comparaison de leur coût public. Précaires et mal rémunérés, ces emplois " bas de gamme " contribuent à la polarisation de notre société, ainsi qu'à l'augmentation des inégalités ethniques et de genre. En outre, l'État subventionne des services de confort pour les plus aisés, au détriment des services publics ouverts à tous. C'est ainsi qu'on en revient à une société de domestiques, comme au xixe siècle, avec de " nouveaux pauvres " au service de " nouveaux riches ". Heureusement, plusieurs pistes existent pour sortir de ce contre-modèle.
    Clément Carbonnier est maître de conférences en économie à l'université de Cergy-Pontoise (THEMA).
    Nathalie Morel est assistant professor en sciences politiques à Sciences Po (CEE, LIEPP).
    Ils animent tous deux l'axe socio-fiscal du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP) à Sciences Po.

  • Chaque jour, des millions de publications sont postées sur les réseaux sociaux, à propos de tout et n'importe quoi : mode, sport, cuisine, politique, showbiz. En plus de leur abondance et de leur accessibilité, ces opinions du web sont produites en l'absence de toute sollicitation extérieure : elles semblent donner un accès direct à nos pensées. Depuis les années 2000, un ensemble de start-ups et d'agences ont investi ce matériau inédit : leurs algorithmes permettent de capter et d'analyser nos opinions, afin de les monnayer auprès des grandes marques ou des partis politiques. Ces instruments mettent en œuvre une " sismographie " d'Internet, dessinant un nouveau régime de connaissance et de gouvernement. Un livre fondamental pour comprendre ce qu'il advient de nos traces numériques, c'est-à-dire la façon dont est réinventée l'opinion publique en ligne.
    Baptiste Kotras est docteur en sociologie de l'université Paris-Est, chercheur au LISIS. Il a publié plusieurs articles sur les traces numériques, en lien avec le gouvernement des citoyens et des consommateurs.

  • Depuis les années 1980, les inégalités se creusent partout en Amérique du Nord et en Europe. Au même moment, on observe un reflux des États-providence. Même si chacun le déplore, nous désirons de moins en moins l'égalité concrète. Mais ce ne sont pas seulement les crises et les inégalités qui affectent les liens de solidarité, c'est aussi la faiblesse de ces liens qui explique que les inégalités se creusent. Pour beaucoup, il serait temps de se débarrasser du politiquement correct qui empêcherait d'appeler les choses par leur nom : les " races ", les " racailles ", les " assistés ", etc. En dépit de leurs principes affichés, les sociétés " choisissent " l'inégalité.
    Ce livre montre que l'aggravation des inégalités procède d'une crise des solidarités entendues comme l'attachement à des liens sociaux qui nous font désirer l'égalité de tous, y compris de ceux que nous ne connaissons pas. Il est urgent d'inverser l'ordre du triptyque républicain : " Fraternité, Égalité, Liberté ".
    François Dubet est professeur de sociologie à l'université de Bordeaux et directeur d'études à l'EHESS. Il a récemment publié, au Seuil, Les Places et les Chances (2010) et Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations (2013).

  • L'effacement des grandes normes religieuses et politiques nourrit le mythe d'une société peuplée d'individus autonomes, indépendants, capables de " s'auto-réaliser ". Cette vision néglige les liens profonds et durables que nous entretenons les uns avec les autres. La tendance à imiter ceux dont nous voulons rester proches traduit moins un manque d'originalité que la volonté de ne pas s'en éloigner encore davantage. Un conformisme contraint par la tradition, dominé par la peur de la réprobation sociale, a cédé la place à un conformisme d'adhésion, qui s'observe aussi bien dans l'entreprise que dans la famille, à l'école que dans les quartiers des grandes villes. Du même coup, les politiques publiques ciblées touchent un public beaucoup plus large et varié qu'elles ne le croient. Ce livre renouvelle notre compréhension du fonctionnement social et ouvre la voie à des politiques moins naïves et plus efficaces.
    Éric Maurin est directeur d'études à l'EHESS. Il a notamment publié, à la République des Idées, Le Ghetto français (2005) et La Peur du déclassement (2009).

  • La loi du 17 mai 2013 instituant le mariage des couples de même sexe a suscité une violente opposition. Alors que le projet recueillait une adhésion massive au sein de la population, notamment chez les jeunes, il a été combattu par un camp traditionaliste, minoritaire, qui a réussi à fédérer tout un ensemble de préjugés et d'inquiétudes. Or le moteur des changements dans la famille n'est pas l'individualisme égoïste. C'est la victoire d'une valeur qui bouleverse tout notre système de parenté : l'égalité de sexe. Avec le " mariage pour tous ", nous n'avons pas seulement donné des droits à une minorité. Nous avons remis en cause l'ordre matrimonial qui avait, il y a deux siècles, présenté la complémentarité hiérarchique du masculin et du féminin comme l'horizon indépassable des rapports de sexe. Réinscrire ces bouleversements dans le temps long des débats, des lois et des pratiques, c'est se donner les moyens de comprendre la révolution en cours, ainsi que les nouvelles valeurs familiales qui l'animent. C'est aussi préparer la prochaine étape du combat : la filiation pour tous.
    Sociologue et directrice d'études à l'EHESS, Irène Théry travaille sur les transformations contemporaines de la famille et des rapports de genre. Elle a notamment publié La Distinction de sexe (Odile Jacob, 2007) et Des humains comme les autres (Éd. EHESS, 2010).

  • Nos sociétés ont fait du bonheur une idée neuve, un principe constitutionnel, presque un devoir. Le bonheur de l'individu est devenu l'objectif suprême des choix politiques. Mais peut-on mesurer quelque chose d'aussi subjectif et impalpable que le bonheur ? Depuis une trentaine d'années, les économistes ont tenté de relever ce défi. Ils ont fait le pari de mesurer le bonheur tel qu'il est ressenti et déclaré par les individus eux-mêmes. Leur enquête concerne plus particulièrement le rôle de la richesse. L'argent fait-il le bonheur ? La croissance rend-elle les gens plus heureux ? Dans le cas contraire, faut-il opter pour la décroissance ou, du moins, mesurer le bien-être au-delà du PIB ? Ce passionnant champ de recherches permet de comprendre pourquoi la France, pays objectivement riche, souffre d'un tel " déficit de bonheur ".
    Claudia Senik est professeur à l'université Paris-Sorbonne et à l'École d'économie de Paris. Auteur de nombreux articles de référence, elle est l'une des spécialistes internationales de l'économie du bien-être et de l'économie comportementale.

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