Littérature générale

  • « Les questions économiques sont trop importantes pour être laissées à une petite classe de spécialistes et de dirigeants. La réappropriation citoyenne de ce savoir est une étape essentielle pour transformer les relations de pouvoir. »

    T. P.

    En présentant l'évolution en longue durée des inégalités entre classes sociales dans les sociétés humaines, Thomas Piketty propose une perspective nouvelle sur l'histoire de l'égalité. Il s'appuie sur une conviction forte forgée au fil de ses recherches : la marche vers l'égalité est un combat qui vient de loin, et qui ne demande qu'à se poursuivre au xxie siècle, pour peu que l'on s'y mette toutes et tous.

  • En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation soudée par l'attachement de tous aux valeurs d'une république une et indivisible. Et lorsque l'analyste s'essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur.
    C'est que le socle de la France d'autrefois, sa matrice catho-républicaine, s'est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d'abord les conséquences culturelles et morales de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de certaines pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité (le veganisme et la vogue des théories antispécistes en donnent la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d'" archipelisation " de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes.
    À la lumière de ce bouleversement anthropologique, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l'agrégation des intérêts particuliers au sein de coalition larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l'élection présidentielle de 2017 et les suites que l'on sait...
    Cette exploration inédite de la France nouvelle est fondée sur la combinaison originale de différents outils (sondages, analyse des prénoms, géographie électorale, enquête-monographie de terrain), méthode permettant de demeurer au plus près de l'expérience de celles et de ceux qui composent la société française d'aujourd'hui.
    Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe.
    Jérôme Fourquet est analyste politique, expert en géographie électorale, directeur du département Opinion à l'IFOP.

  • Georges Bernanos fut, de 1926 où il fit se lever le Soleil de Satan sur la France des années folles à l'ultime Dialogue des Carmélites en 1948, un romancier de la sainteté et de l'enfance autant qu'un écrivain de combat. De L'Action française à L'Intransigeant, il emboucha la presse comme une trompette de l'Apocalypse, et ses innombrables articles se confrontèrent sans répit à la ploutocratie démocratique et à la bien-pensance bourgeoise. Son engagement, mené seul au nom du Christ pauvre et de la vocation religieuse de la France de Jeanne d'Arc et de Péguy, le conduisit du tableau d'honneur des Camelots du roi aux rangs de la France libre. Véritable lanceur d'alertes politiques, il donna aussi l'assaut à l'Europe fasciste comme aux États-empires de la guerre froide et à leurs contingents d'hommes-machines. Monarchiste et catholique, nourri de Drumont et de Balzac, de Bloy et d'Hello, celui qui déclarait en 1935 : « le bon Dieu ne m'a pas mis une plume entre les mains pour rigoler », a vécu sans filet ni garde-fou, dans la main de Dieu. Père d'une famille chimérique, accompagné d'une élite d'amis fervents, il mena, entre la Picardie, Majorque, la Provence et le Brésil, une vie d'errance et d'écriture, de clameurs et d'espérance. C'est cette vie que nous entreprenons de raconter.
    F. A.


    François Angelier est producteur à France Culture de la fameuse émission « Mauvais Genres » et collaborateur du Monde des Livres. Passionné par les expériences spirituelles les plus radicales et les figures atypiques, il a publié plusieurs ouvrages et articles sur les francs-tireurs du catholicisme de plume : Hello, Huysmans, Claudel, Louis Massignon, Simone Weil et Léon Bloy (au Seuil : Bloy ou la fureur du juste, 2015).

  • Pensées
    "Les hommes ont mépris pour la religion. Ils en ont haine et peur qu'elle soit vraie. Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n'est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect.
    La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie et puis montrer qu'elle est vraie.
    Vénérable parce qu'elle a bien connu l'homme.
    Aimable parce qu'elle promet le vrai bien."
    Pascal
    Pensées, Frag. 12

  • « Si l'on m'avait dit en 1990 que je publierais en 2020 un recueil de chroniques intitulé « Vivement le socialisme ! », j'aurais cru à une mauvaise blague. Du haut de mes dix-huit ans, je venais de passer l'automne 1989 à écouter à la radio l'effondrement des dictatures communistes et du « socialisme réel » en Europe de l'Est.
    Seulement voilà : trente ans plus tard, en 2020, l'hyper-capitalisme a été beaucoup trop loin, et je suis maintenant convaincu qu'il nous faut réfléchir à un nouveau dépassement du capitalisme, une nouvelle forme de socialisme, participatif et décentralisé, fédéral et démocratique, écologique, métissé et féministe.
    L'histoire décidera si le mot « socialisme » est définitivement mort et doit être remplacé. Je pense pour ma part qu'il peut être sauvé, et même qu'il reste le terme le plus adapté pour désigner l'idée d'un système économique alternatif au capitalisme. En tout état de cause, on ne peut pas se contenter d'être « contre » le capitalisme ou le néo-libéralisme : il faut aussi et surtout être « pour » autre chose, ce qui exige de désigner précisément le système économique idéal que l'on souhaite mettre en place, la société juste que l'on a en tête, quel que soit le nom que l'on décide finalement de lui donner. Il est devenu commun de dire que le système capitaliste actuel n'a pas d'avenir, tant il creuse les inégalités et épuise la planète. Ce n'est pas faux, sauf qu'en l'absence d'alternative clairement explicitée, le système actuel a encore de longs jours devant lui. [...] »

    T. P.

    Précédé d'une préface inédite, complété par des graphiques, tableaux et textes additionnels, ce recueil comprend l'ensemble des chroniques mensuelles publiées par Thomas Piketty dans Le Monde de septembre 2016 à juillet 2020.

  • Je n'avais jamais imaginé combien les agressions sexuelles commises contre un enfant pouvaient aussi détruire sa vie d'adulte. J'étais choqué par le scandale de tels crimes, surtout quand ils sont perpétrés par des hommes d'Église. Je m'en étais tenu là jusqu'au jour où m'est revenu d'un coup ce qu'un prêtre m'avait fait subir pendant mon enfance. J'avais été enfermé dans le déni pendant près de quarante ans. Parce que j'avais porté plainte et que j'avais enfin parlé, j'ai cru pouvoir guérir, mais tout s'effondrait. Dans les décombres de mon histoire, revenait une question lancinante : comment avais-je bien pu choisir de devenir prêtre à mon tour ?

    Patrick C. Goujon est professeur d'histoire de la spiritualité au Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris, membre associé du Centre d'études en sciences sociales du religieux (EHESS). Il est jésuite et prêtre de l'Église catholique. Il a notamment publié Méditez et vous vivrez (Bayard, 2021).

  • Le volume que vous tenez entre les mains n'est pas un livre comme les autres. Dans la composition reproduite ici, il a été imprimé clandestinement au cours de l'été 1943. Diffusé dans une France occupée, il consistait simplement en huit pages recto-verso, pliées et non reliées. Un tract. Un cri de colère.
    « Où allons-nous ? » demande Georges Bernanos. Depuis le Brésil, où il s'est exilé en 1938, le romancier a observé avec angoisse le saccage nazi de toutes les valeurs. Il a pressenti que celui-ci risquait de produire son souffle destructeur au sein des sociétés européennes longtemps après la victoire alliée. Qu'il s'agisse de la trahison des classes dirigeantes « emportées par leur mépris et la haine du peuple », du machinisme, de l'État total, de l'empire de l'argent, de la dictature anonyme ou de « l'immense appareil législatif et administratif » qui s'est mis en place pendant la guerre, l'écrivain aux dons de prophète a vu que l'humanité ne retrouverait pas ce qu'elle avait perdu - ou qu'elle le retrouverait sous une forme méconnaissable. Un texte saisissant.

  • " Il y a quelques jours, une étudiante est venue me trouver ; elle m'a demandé de préparer un doctorat sur le sujet suivant, qu'elle m'a proposé d'un air passablement ironique et cependant nullement inamical : critique idéologique de la Sémiologie.
    Il me semble qu'il y a dans cette petite "scène" tous les éléments à partir desquels on peut esquisser la situation de la sémiologie et son histoire récente :
    - On y retrouve d'abord le procès idéologique que l'on fait souvent à la sémiologie...
    - Ensuite l'idée que celui à qui cette étudiante s'adressait était l'un des représentants de cette sémiologie...
    - Enfin, l'intuition que, dans le rôle de sémiologue quasi officiel qu'elle m'attribuait, il subsistait un certain tremblement, une certaine duplicité... : d'où la sorte d'amicalité légère dont cette scène pleine de coquetterie intellectuelle m'a laissé le souvenir."
    R.B.

  • Une saison chez Lacan
    À trente ans à peine, Pierre Rey a toutes les apparences d'un jeune homme heureux, il fait partie de ceux qui ont " réussi ". Chroniqueur dans un quotidien, joueur invétéré vivant très au-dessus de ses moyens, il mène une vie mondaine et frivole dont le plaisir est l'unique objet. Pourtant, ses angoisses se multiplient, sa peur d'affronter le vide grandit.
    Alors, il décide de faire table rase du présent, quitte travail et amis, et gravit les marches de pierre usées du 5 rue de Lille qui conduisent chez Lacan. Et c'est là, pendant dix ans, qu'il effectuera sur le divan du célèbre analyste le plus long de ses voyages.
    Pierre Rey (1930-2006)
    Journaliste (prix de la Chronique parisienne), longtemps directeur de Marie Claire, il fut l'auteur de plusieurs romans et de deux pièces de théâtre.

  • Les stars
    Comment, dans quelles conditions, pourquoi sont apparus ces êtres fabuleux que nous nommons " stars " ? Ce sont des marchandises et ce sont des idoles. Elles sont divines et elles sont mortelles. Que nous disent-elles sur notre civilisation ? notre société ? notre temps ? Que nous disent-elles sur nous-mêmes ?
    Le phénomène des stars est ici étudié dans ses dimensions économiques, sociales, culturelles, esthétiques, et aussi mythiques.
    Le " star-system " qui a fait la gloire d'Hollywood est mort. Mais les stars du passé ressuscitent : Louise Brooks, Garbo, Marlène, Marylin ont acquis cette survie que nous appelons immortalité. Elles vont traverser les années-Lumière...
    Et notre temps ne cesse de susciter de nouvelles stars, pour une nouvelle gloire...
    Edgar Morin
    Philosophe et sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS et docteur honoris causa de vingt-sept universités étrangères, Edgar Morin est l'auteur d'une œuvre transdisciplinaire abondamment commentée et traduite.

  • Composé peu avant et pendant la rédaction de sa Divine Comédie, Le Banquet est la troisième grande œuvre que Dante (1265-1321) rédigea en italien, parallèlement à ses discours en latin. Le festin auquel il convie ses lecteurs est en réalité un manuel de sagesse et de réflexion, où l'on retrouve à la fois son art poétique, sa conception de l'amour et son cheminement spirituel, nourris de lectures antiques (Platon, Aristote, Boèce, Cicéron) et théologiques (la patristique, la scolastique et l'école arabo-andalouse). Admirablement moderne par sa structure, fondé sur un commentaire allégorique de trois chansons d'amour, cet essai révèle la dimension philosophique du plus grand visionnaire de la poésie occidentale.
    " Si l'œuvre présente, qui est intitulée Le Banquet selon mes vœux, contenait une matière plus élaborée que la Vita Nuova, je ne veux nullement déprécier la précédente, mais au contraire en augmenter la valeur par la présente. En constatant que si la première était fervente et passionnée, il convient que cette seconde soit tempérée et mûrie. Car il convient de parler et d'œuvrer autrement à un âge qu'à un autre. (...) Je prie mes convives, si Le Banquet n'était pas digne de son annonce, de ne pas l'imputer à ma volonté, mais à mes limites. Mon désir d'un partage parfait et généreux devra ici apparaître. "
    René de Ceccatty a traduit la totalité de l'œuvre italienne de Dante (La Divine Comédie, Points, 2017 et La Vita nuova et autres poèmes, Points, 2019). Il a obtenu le prix Dante-Ravenna pour sa traduction de La Divine Comédie.
    Composé peu avant et pendant la rédaction de sa Divine Comédie, Le Banquet est la troisième grande œuvre que Dante (1265-1321) rédigea en italien, parallèlement à ses discours en latin. Le festin auquel il convie ses lecteurs est en réalité un manuel de sagesse et de réflexion, où l'on retrouve à la fois son art poétique, sa conception de l'amour et son cheminement spirituel, nourris de lectures antiques (Platon, Aristote, Boèce, Cicéron) et théologiques (la patristique, la scolastique et l'école arabo-andalouse). Admirablement moderne par sa structure, fondé sur un commentaire allégorique de trois chansons d'amour, cet essai révèle la dimension philosophique du plus grand visionnaire de la poésie occidentale.
    " Si l'œuvre présente, qui est intitulée Le Banquet selon mes vœux, contenait une matière plus élaborée que la Vita Nuova, je ne veux nullement déprécier la précédente, mais au contraire en augmenter la valeur par la présente. En constatant que si la première était fervente et passionnée, il convient que cette seconde soit tempérée et mûrie. Car il convient de parler et d'œuvrer autrement à un âge qu'à un autre. (...) Je prie mes convives, si Le Banquet n'était pas digne de son annonce, de ne pas l'imputer à ma volonté, mais à mes limites. Mon désir d'un partage parfait et généreux devra ici apparaître. "
    René de Ceccatty a traduit la totalité de l'œuvre italienne de Dante (La Divine Comédie, Points, 2017 et La Vita nuova et autres poèmes, Points, 2019). Il a obtenu le prix Dante-Ravenna pour sa traduction de La Divine Comédie.

  • "... Ce qui se perd dans la transcription, c'est tout simplement le corps - du moins ce corps extérieur (contingent) qui, en situation de dialogue, lance vers un autre corps, tout aussi fragile (ou affolé) que lui, des messages intellectuellement vides, dont la seule fonction est en quelque sorte d'accrocher l'autre (voire au sens prostitutif du terme) et de le maintenir dans son état de partenaire.
    Transcrite, la parole change évidemment de destinataire, et par là même de sujet, car il n'est pas de sujet sans Autre. Le corps, quoique toujours présent (pas de langage sans corps), cesse de coïncider avec la personne, ou, pour mieux dire encore : la personnalité. L'imaginaire du parleur change d'espace : il ne s'agit plus de demande, d'appel, il ne s'agit plus d'un jeu de contacts ; il s'agit d'installer, de représenter un discontinu articulé, c'est-à-dire, en fait, une argumentation."
    R.B.

  • Discours du récit
    Ce volume réunit deux " essais de méthode " : Discours du récit, contenu en 1972 dans Figures III, et Nouveau discours du récit, publié en 1983. Le second présente une mise à jour théorique du premier, à la lumière des commentaires qu'il a suscités, et des avancées de la recherche qui en sont résultées.
    Élaborés à partir d'une étude rigoureuse du régime narratif de la Recherche du temps perdu, ces deux ouvrages complémentaires sont aujourd'hui largement considérés comme fondateurs d'une des disciplines majeures de la poétique : la narratologie, ou analyse structurale des formes et des procédés du récit, particulièrement dans le champ de la fiction littéraire.
    Gérard Genette (1930-2018)
    Critique littéraire et théoricien de la littérature, fondateur et directeur de la revue Poétique et de la collection du même nom, au Seuil, il est l'auteur d'une œuvre qui a fait date, consacrée à l'exploration des différentes formes littéraires (de Figures I en 1966 à Postscript en 2016).

  • Aborder la linguistique
    Le langage est la faculté qui par excellence caractérise l'être humain. Si la réflexion grammaticale est très ancienne, le XXe siècle a placé l'étude du langage, de l'écriture et des signes au centre de ses préoccupations. Cette tendance s'accentue en ce début de XXIe siècle, où, avec le développement des nouvelles technologies, la communication verbale occupe une place croissante dans l'activité humaine.
    Déjà un classique pour les enseignants et les étudiants en linguistique, cet ouvrage présente les principaux domaines, problématiques et courants de la linguistique moderne pour un public qui n'est pas familier de cette discipline et qui a besoin de connaître ses apports essentiels.
    Dominique Maingueneau
    Professeur de linguistique à l'université Paris-Sorbonne, il a publié un grand nombre d'ouvrages, en particulier dans le domaine de l'analyse du discours. Il a codirigé le Dictionnaire d'analyse du discours (Seuil, 2002).

  • Jouer avec le langage, c'est en violer les règles, la norme, c'est tirer parti de ses points faibles, de l'ambiguïté, de l'homophonie. Mais calembours et contrepétries, mots-valises, charades, slogans, comptines manifestent tout autant et même plus que le discours conforme à la norme, la compétence linguistique des sujets parlants. Ne peut jouer de et avec la langue que celui qui la possède à fond. Le jeu, la déviance poétique, sont sous-tendus par une analyse linguistique inconsciente qui fait de tous les locuteurs des linguistes qui s'ignorent.
    La linguistique est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls linguistes et c'est l'Alice de Lewis Carroll qui ouvre ici au lecteur la voie d'une réflexion non conformiste sur le langage, conduisant à un exposé des thèmes majeurs de la linguistique.
    On peut tout apprendre du langage en général et des langues en particulier à travers l'humour, le jeu, la poésie. Telle est la conviction qui porte ce livre : il propose aux non-spécialistes une introduction inattendue mais rigoureuse à la science du langage.

  • Shakespeare et Peter Brook se connaissent depuis longtemps. Ils ont très souvent travaillé ensemble, dans tous les pays du monde, et pour le meilleur. Tout au long de sa vie, Peter Brook a exploré les secrets de cette oeuvre incomparable, et constamment recommencée, comme si elle surgissait neuve et fraîche sous chaque regard. Dans ce livre, loin de toute théorie, de manière simple et concrète (et souvent drôle), il nous parle de son travail et de ses expériences, de ce qu'il a vu, senti, quelquefois compris, des abymes, des mystères, des visions, des détours étonnants du coeur et de la pensée que nous propose Shakespeare et - par-dessus tout - de cette force incomparable, qui surpasse toutes les autres, et qui est celle du pardon.
    J.-C. C.
    Traduit de l'anglais par Jean-Claude Carrière

  • On ne compte plus les dangers qui menacent notre planète livrée au pillage et à la destruction. Mais notre Terre est aussi riche de toutes les couleurs du spectre, de toutes les merveilles.
    Blanche est la Terre est un parcours initiatique mêlant récit de voyage, ethnologie, poésie, écologie et économie humaine. Il nous conte la beauté du monde. Des hauts plateaux andins aux contreforts de la vallée du Zambèze, des sociétés sans écriture aux soubresauts de la mondialisation contemporaine, l'auteur explore les ressorts de notre modernité. Il en tire une leçon : il nous faut apprendre à faire l'épreuve de notre commune humanité en refusant l'enfermement et le repli, qui nous condamnent à devenir ce que les Andins appellent des kukuchi, des morts-vivants.
    Des défis des paysanneries du monde à la sagesse de Pierre Rabhi, c'est un chemin de pèlerinage vers une nouvelle civilisation fraternelle et écologique. Un voyage de conversion esthétique et spirituelle pour habiter, ensemble, une Terre fragile.
    Xavier Ricard Lanata, ethnologue et philosophe, s'est consacré pendant quinze ans à des projets de solidarité internationale (notamment au CCFD-Terre Solidaire). Il est l'auteur des Voleurs d'ombre. L'univers religieux des bergers de l'Ausangate (Société d'ethnologie, 2011).

  • Mots d'esprit de l'humour juif
    Dans la sagesse populaire juive, " le persiflage devant la bêtise et la grossièreté innée des hommes frôle souvent l'aveu d'une détresse sans remède. "Un juif fuit un lieu plein de malheurs, mais les malheurs le suivent là où il va.' À la constatation désolée et sarcastique de Chmouël Yossef Agnon répond paradoxalement celle de Stanislas Jerzy Lec : "Ne succombez jamais au désespoir : il ne tient pas ses promesses. ' La justesse et l'acuité des réflexions sont accentuées par leur ton impertinent : "On ne se gratte pas la tête pour rien : ou bien on a des soucis, ou bien on a des poux. ' Les mille exemples de cette sagesse réunis avec tant de dévotion et d'humour par Victor Malka nous proposent les clartés acides d'un enseignement certes tout humain, que sous-tend néanmoins, comme en creux, la parole rédemptrice émanée du Sinaï. "
    Extraits de la préface de Claude Vigée
    Victor Malka
    Ancien producteur à France Culture et directeur d' Information juive, il est notamment l'auteur, au Seuil, de Proverbes de la sagesse juive (1994) et des Plus Belles Légendes juives (1998).

  • Marcel Proust a trente ans en 1901. Il meurt en 1922. C'est dire qu'il a plus vécu au XIXe qu'au XXe siècle. Son œuvre puise ses affinités esthétiques dans le siècle de Baudelaire, de Wagner et de Ruskin, mais lui échappe cependant. Comme elle échappe au XXe siècle. Sans doute ce partage n'a-t-il pas de sens en soi ; mais toute grande œuvre manque d'aplomb : les œuvres assurées passent de mode, celles qui deviennent classiques sont ambiguës. C'est parce que la Recherche du temps perdu est irréductible aux deux siècles, qu'elle continue de fasciner.
    Ce livre essaie de comprendre la puissance paradoxale du roman de Proust en le confrontant à quelques lieux communs fin de siècle : le débat entre les conceptions organique ou fragmentaire de l'œuvre d'art, la sexualité décadente, la science psychiatrique ou étymologique, l'idée de progrès en art, la naissance du mythe de l'avant-garde, etc. Comment Proust les a-t-il côtoyés et de quelle façon les a-t-il transformés ? Par quels retours à d'autres siècles aussi ?
    Deux ombres ne quittent jamais Proust : Racine et Baudelaire, dont les destins critiques se croisent étrangement avant 1900. On découvre alors la violence chez le dramaturge et le classicisme chez le poète maudit. Ils deviennent frères, et Proust entre deux siècles, c'est aussi Proust entre ces deux poètes.
    Antoine Compagnon
    Professeur au Collège de France et à Columbia University, New York. A établi l'édition de Sodome et Gomorrhe dans la " Pléiade " (Gallimard, 1988).

  • De l'affaire Deyfus à la fin des années 1960, on ne compte plus les écrivains qui ont incarné en France la figure de l'" intellectuel ", celui qui s'engage dans la cité en mobilisant son pouvoir symbolique.
    On pense tout de suite à Zola. Mais aussi à Aragon, à Malraux, à Sartre, à Simone de Beauvoir, et à tant d'autres. Autrement dit, d'abord aux écrivains de gauche ou, à tout le moins, réputés " progressistes ". Cependant, si Malraux fut le premier ministre de la Culture français, et si le modèle sartrien de l'engagement a connu une diffusion mondiale, il ne faudrait pas oublier pour autant ceux qui, au nom de leur engagement à droite, se sont illustrés dans les années sombres de notre histoire : Maurras, Brasillach, Rebatet, Drieu la Rochelle, Céline. Le regain d'intérêt pour leurs écrits les plus virulents dans un contexte de montée de l'extrême droite et de la xénophobie nous invite au contraire à un retour sur l'histoire de leurs engagements.
    De fait, toutes les représentations étudiées dans ce livre demeurent profondément ancrées dans notre culture politique et ont même connu un regain d'actualité depuis les années 1990, qu'il s'agisse des catégories de droite et de gauche (malgré les tentatives de nier leur validité), du débat Orient/Occident (le " choc des civilisations "), ou encore des affrontements politiques autour de l'" identité nationale ". Elles constituent le vivier auquel puisent les intellectuels, les prophètes et les idéologues d'aujourd'hui, comme en témoigne l'épilogue de ce livre.
    D'où la nécessité d'en revisiter l'histoire et d'en comprendre les ressorts culturels et professionnels, comme nous le propose cet essai documenté et profondément neuf, qui interroge aussi les formes de l'engagement.
    Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS et directrice d'études à l'EHESS. Auteure de La Guerre des écrivains, 1940-1953 (Fayard, 1999), de La Responsabilité de l'écrivain (Seuil, 2011) et de La Sociologie de la littérature (La Découverte, 2014), elle a dirigé Translatio. Le marché de la traduction en France à l'heure de la mondialisation (2008), L'Espace intellectuel en Europe (2009) et Profession ? Écrivain (2017).

  • Loin du jargon rébarbatif des linguistes, Marina Yaguello débusque les idées reçues sur la langue et leur tord le cou avec malice. Chaque forme de langage est considérée comme une source irremplaçable de culture, et l'invraisemblable richesse, la formidable diversité des langues sont célébrées avec un plaisir contagieux.
    Marina Yaguello a enseigné à l'université Paris Diderot-Paris VII. De langue maternelle russe, elle travaille sur le français, l'anglais et le wolof. Elle a publié de nombreux ouvrages sur le langage et les langues, dont Les mots ont un sexe, disponible en Points.

  • " Le cours de ta vie en un discours " : ainsi Baltasar Gracián (1601-1658) définit-il dans sa note " Au lecteur " son roman, " l'incomparable Criticon " selon Schopenhauer.
    Allégorie du voyage de la vie en quatre saisons, ce premier roman européen d'apprentissage, dont nous donnons ici la substantifique moëlle, présente " deux pèlerins de la vie " parcourant l'Europe à la recherche de la Félicité, à travers le monde des apparences, systématiquement énoncé, dénoncé et renvoyé dans " La grotte du Néant ". Gracián pulvérise les fausses valeurs, si actuelles, de l'image, de l'ambition, du pouvoir, du lucre, en une philosophie au marteau qui brise sans pitié les idoles clinquantes et les faux-semblants. Il leur oppose l'éducation et la culture qui, de l'homme brut, font une Personne consommée, exalte l'Art, qui est " sans doute le premier emploi de l'homme dans le paradis ". Rosse, féroce, la satire s'inscrit dans une veine fantastique, et s'écrit avec une verve fantasque qui fait du Criticon un chef-d'œuvre de liberté langagière, de bonheur dans le mot et dans le jeu.
    Benito Pelegrín, agrégé, docteur d'État, professeur émérite des universités, écrivain, dramaturge, journaliste, vit à Marseille. Spécialiste international du baroque, il a consacré à Gracián de nombreux ouvrages (quelque 6000 pages). Il a reçu en Espagne l'hommage d'un colloque international de gracianistes. Parmi les six livres qu'il a publiés depuis 2000, Figurations de l'infini. L'âge baroque européen (Seuil, 2000) et Traités politiques, esthétiques, éthiques de Baltasar Gracián (Seuil, 2005) ont été couronnés par des prix (grand prix Calbairac de la prose 2001 et prix Jules Janin de l'Académie française 2006).

  • Un écrivain peut-il tout dire et, si non, quelles sont les limites que la société et l'époque lui assignent ? Un écrivain doit-il tout dire et, si oui, les lois de la République des lettres lui font-elles obligation d'enfreindre celles du pouvoir et de la morale ?
    Depuis le XVIIIe siècle, les discours sur les dangers de la lecture et l'influence subversive des hommes de lettres sur les esprits confortent la croyance dans les pouvoirs de l'écrit. Face à eux, tenants de l'art pour l'art et partisans de l'engagement des intellectuels se retrouvent autour de la défense d'une éthique propre à la littérature. Ces débats, hantés à l'origine par la mémoire des événements révolutionnaires et profondément redéfinis au moment de l'épuration par la " collaboration de plume ", n'ont cessé depuis deux siècles d'animer les prétoires, le Parlement et les colonnes de presse.
    Cet ouvrage en restitue toute l'importance, intellectuelle et politique, à travers l'étude de quatre moments-clés, qui marquent autant d'étapes dans l'histoire de la liberté d'expression et de la morale publique en France : la Restauration, le Second Empire, la Troisième République et la Libération. On y revisite des procès célèbres : ceux de Béranger, Courier, Flaubert, Baudelaire, ceux des naturalistes et, à partir d'archives inédites, ceux des intellectuels collaborationnistes.
    L'épilogue examine la redéfinition de ces enjeux des années 1950 à nos jours : les formes de censure se font plus discrètes, la parole de l'écrivain a perdu de son poids dans l'espace public, mais l'actualité montre que la littérature peut et sait encore être scandaleuse.
    Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS (Centre européen de sociologie et de science politique). Auteure de La Guerre des écrivains, 1940-1953 (Fayard, 1999), elle a notamment dirigé Translatio. Le Marché de la traduction en France à l'heure de la mondialisation (CNRS, 2008) et L'Espace intellectuel en Europe (La Découverte, 2009).

  • " La littérature et le droit à la mort " est le titre d'un texte célèbre de Maurice Blanchot.
    Trente ans après la mort de Roland Barthes (26 mars 1980), un de ses proches amis, Éric Marty, lui rend un hommage fondé sur les textes mêmes, en particulier le Journal de deuil, publié en 2009.
    Rappelant le climat des années 1970, et soulignant l'audace et parfois la solitude de Barthes, ce bref essai issu d'une conférence donnée le 9 février 2010 au Collège de France, part d'une question éminemment moderne : " qu'ai-je le droit, que m'est-il possible d'écrire ? "
    Avec le Journal de deuil, Barthes plonge au plus profond de l'intime, tout au bord de là où la parole s'éteint. Ce texte, suggère Éric Marty, ne pouvait exister qu'à titre posthume, car il n'y avait personne pour l'entendre du vivant de l'auteur. Ce Journal était posthume dans son écriture même.

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