Bernard Bonnelle

  • « Avec sa forte carrure, sa bonne bouille de Pierrot lunaire et son accoutrement hétéroclite de provincial monté à Paris, Antoine ne passait pas inaperçu ; mais la distinction naturelle d'Henry, ses allures à la fois libres et policées, son profil racé et son sourire mi-charmeur, mi-moqueur avaient peut-être également attiré l'attention d'Antoine. En tout cas, lorsqu'un mauvais coucheur s'en était pris à Henry, tous ses amis parisiens s'étaient volatilisés - seul Antoine lui était venu en aide, faisant aussitôt battre en retraite le fâcheux. »

    La guerre était finie et ils n'avaient pas combattu. Tous deux détestaient la routine, la médiocrité et la grisaille des adultes. Ils voulaient toucher le ciel. Leurs caractères étaient opposés et leurs brouilles violentes; ils étaient les meilleurs amis du monde.
    Antoine n'aimait que les avions, mais se traînait de déconvenue amère en échec cuisant. Pour Henry, tout était facile. En quelques mois, il devint l'un des alpinistes les plus brillants de sa génération. Après une série d'exploits retentissants dans les Alpes, il comptait bien être le premier à conquérir, dans l'Himalaya, un sommet dépassant 8 000 mètres. Mais rien ne se passe jamais comme prévu...

  • Alban se joue des conventions. Pierre, lui, est plus réservé. Lorsqu'ils font connaissance dans le métro parisien, rien ne laisse présager que d'ici quelques années, devenus officiers de marine, ils vont courir le monde à bord de la Jeanne-d'Arc ; ni que leur amitié se prolongera au-delà de la mort. À la fin de l'été 1939, Alban est retrouvé sans vie dans sa cabine de l'Étoile-du-Sud, le patrouilleur qu'il commandait à Djibouti, au carrefour de l'océan Indien et de la mer Rouge. Désigné pour lui succéder, Pierre arrive dans une ville en état de siège, sous la menace de la guerre imminente. Lui qui connaissait son ami mieux que quiconque refuse de croire ce qui se murmure dans la société coloniale : se sentant incapable de mener une mission périlleuse, il aurait préférer se donner la mort. Pour découvrir une vérité qui ne peut être dite, Pierre va devoir emprunter le chemin parcouru par Alban, traquant les indices, rencontrant des purs et des lâches, des ambitieux et des révoltés, des cyniques et des résignés, tous hantés par le souvenir d'une insaisissable silhouette féminine.

  • Têtes huguenotes fichées sur des piques, catholiques brûlés vifs dans leurs églises, villages assiégés et décimés par la famine : plutôt que de prendre parti dans les haines qui déchirent le pays, Gabriel des Feuillades, vétéran des guerres d'Italie retiré dans son domaine périgourdin, préfère parler à ses arbres, contempler les étoiles, courtiser sa servante et dialoguer en silence avec les sages de l'antiquité.

    Révolté par l'indifférence de son père, accablé par la mort de sa soeur tendrement aimée, Ulysse, le fils de Gabriel, part sur les routes de France. Espérant retrouver la jeune fille qu'il s'apprêtait à épouser, il se jette à corps perdu dans la mêlée. Jusqu'au jour où les voies de la providence mènent ce coeur pur là où il avait juré de ne jamais revenir.

    Herbier littéraire mystique et sensuel, parabole sur l'adolescence et la maturité, Les Serviteurs inutiles fait résonner en notre siècle la faconde de Brantôme, l'âpreté de Monluc, et peut-être même la sagesse de Montaigne.

  • Les noces de Gênes Nouv.

    "Je les regardai partir comme deux amis très anciens. Quatre-vingt-sept et quatre-vingt-cinq ans : ils étaient désormais frère et soeur, enfants royaux endormis côte à côte sur leur lit de marbre, dans la lumière hivernale d'une haute cathédrale. Rien ne me paraissait plus désirable que cette entrée dans la mort main dans la main, au terme d'un long compagnonnage. J'ignorais que ce destin nous serait sèchement refusé."

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