Luc Boltanski, Arnaud Esquerre

  • L'originalité des recherches de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre n'est plus à démontrer.
    Les deux sociologues s'intéressent dans ce nouvel ouvrage à deux processus constitutifs de l'espace public. D'une part, les processus de mise en actualité : se saisissant de ce qui se passe maintenant, ces processus font connaître à nombre de personnes l'existence de faits que ces dernières n'ont pas, pour la plupart, directement vécus et les accompagnent généralement d'une description et d'une interprétation. Et, d'autre part, les processus de politisation : se saisissant de faits mis en actualité, ces processus les problématisent, en sorte que l'actualité concerne chacun, et par conséquent aussi l'État, tout en donnant lieu à des interprétations dont les divergences suscitent des commentaires, des polémiques et des divisions.
    Boltanski et Esquerre fondent leurs analyses sur les milliers de commentaires mis en ligne par des lecteurs du quotidien Le Monde en septembre et octobre 2019 ; et les milliers de commentaires postés sur deux chaînes de vidéo d'actualité passée mises en ligne en janvier 2021 par l'Institut national de l'audiovisuel. Chemin faisant, ils reconstituent la norme du dicible en comparant les commentaires publiés et les commentaires rejetés par les instances de modération ; ils saisissent des opinions en train de se faire, au lieu de les recueillir sous la forme stabilisée, souvent réflexive et prudente, des réponses à des entretiens ou des sondages. Ils cartographient les processus de politisation à notre époque, tels le féminisme, l'écologie, l'immigration, les religions, le nationalisme, l'Europe, etc.
    Loin d'être un livre de plus sur la presse, les médias ou les réseaux sociaux, c'est ici un grand livre sur la formation de l'opinion politique en démocratie et la manière dont en sont affectées nos vies quotidiennes.

  • Enrichissement ; une critique de la marchandise

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    • Gallimard
    • 2 Février 2017

    Luc Boltanski et Arnaud Esquerre restituent le mouvement historique qui, depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la façon dont sont créées les richesses dans les pays d'Europe de l'ouest, marqués d'un côté par la désindustrialisation et, de l'autre, par l'exploitation accrue de ressources qui, sans être absolument nouvelles, ont pris une importance sans précédent. L'ampleur de ce changement du capitalisme ne se révèle qu'à la condition de rapprocher des domaines qui sont généralement considérés séparément - notamment les arts, particulièrement les arts plastiques, la culture, le commerce d'objets anciens, la création de fondations et de musées, l'industrie du luxe, la patrimonialisation et le tourisme. Les interactions constantes entre ces différents domaines permettent de comprendre la façon dont ils génèrent un profit : ils ont en commun de reposer sur l'exploitation du passé.
    Ce type d'économie, Boltanski et Esquerre l'appellent économie de l'enrichissement.
    Parce que cette économie repose moins sur la production de choses nouvelles qu'elle n'entreprend d'enrichir des choses déjà là ; parce que l'une des spécificités de cette économie est de tirer parti du commerce de choses qui sont, en priorité, destinées aux riches et qui constituent aussi pour les riches qui en font commerce une source d'enrichissement.
    Alors l'analyse historique revêt, sous la plume des auteurs, une deuxième dimension : l'importance, l'extension et l'hétérogénéité des choses qui relèvent désormais de l'échange ouvrent sur une critique résolument nouvelle de la marchandise, c'est-à-dire toute chose à laquelle échoit un prix quand elle change de propriétaire, et de ses structures. La transformation, particulièrement sensible dans les États qui ont été le berceau de la puissance industrielle européenne, et singulièrement en France, devient indissociable de l'analyse de la distribution de la marchandise entre différentes formes de mise en valeur.
    On comprend d'entrée que cet ouvrage est appelé à faire date.

  • Enrichment

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    • Polity
    • 22 Avril 2020

    This book offers a major new account of modern capitalism and of the ways in which value and wealth are created today. Boltanski and Esquerre argue that capitalism in the West has recently undergone a fundamental transformation characterized by de-industrialization, on the one hand, and, on the other, by the increased exploitation of certain resources that, while not entirely new, have taken on unprecedented importance.  It is this new form of exploitation that has given rise to what they call the `enrichment economy'. 
    The enrichment economy is based less on the production of new objects and more on the enrichment of things and places that already exist.  It has grown out of a combination of many different activities and phenomena, all of which involve, in their varying ways, the exploitation of the past. The enrichment economy draws upon the trade in things that are intended above all for the wealthy, thus providing a supplementary source of enrichment for the wealthy people who deal in these things and exacerbating income inequality.
    As opportunities to profit from the exploitation of industrial labour began to diminish, capitalism shifted its focus to expand the range of things that could be exploited.  This gave rise to a plurality of different forms for making things valuable - valuing objects in terms of their properties is only one such form.  The form that plays a central role in the enrichment economy is what the authors call the `collection form', which values objects based on the gap they fill in a collection. This valuation process relies on the creation of narratives which enrich commodities.
    This wide-ranging and highly original work makes a major contribution to our understanding of contemporary societies and of how capitalism is changing today.  It will be of great value to students and scholars in sociology, political economy and cultural studies, as well as to anyone interested in the social and economic transformations shaping our world.

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