Religion & Esotérisme

  • La tragédie est grecque, mais voici qu´elle rattrape l´islam moderne. La tragédie est celle-ci : l´islam a perdu son identité rigide et aucune autorité n´est en mesure de décider ce qu´est le « vrai » islam. Entre tradition et modernité, il oscille, pratique le mélange et la cohabitation. La tradition - multiple - est devenue insaisissable, et sur la modernité - protéiforme - il n´y a aucun consensus. En réalité, à y regarder de plus près, on peut vérifier que le « sacré islamique » travaille toujours la volonté ou les prétentions de réforme, et que les avancées vers la modernité démocratique dissimulent mal l´immobilisme et le conservatisme : le statut des femmes a peu bougé, la charia (loi coranique) et le jihad (guerre sainte) restent omniprésents même s´ils sont moins visibles. La laïcité parfois revendiquée n´entre pas dans les exigences de la séparation moderne, même si l´islam « mou », le plus répandu, prétend le contraire. Plus que jamais s´impose donc la vigilance critique : ne pas ignorer, certes, que la modernité est toujours inachevée, mais avoir une conscience aiguë qu´en islam elle demeure un terrain toujours en friche, qu´il faut encore et encore cultiver et retourner.

    Un livre percutant sur la crise de l´islam, qui met en lumière à quel point il est désorienté par la coexistence indiscernable, de tradition et de modernité, qui le ronge.

  • Soucieux de mettre un terme au schisme entre Rome et les catholiques intégristes, Benoît XVI semble disposé à autoriser plus largement qu'aujourd'hui la célébration de la messe en latin, selon le missel de saint Pie V, en vigueur jusqu'en 1969. Les critiques exprimées, principalement en France, montrent que quarante ans après le concile Vatican II, dix-huit ans après la rupture provoquée par Mgr Lefebvre, les plaies restent vives au sein de l'Eglise et le débat sur les questions liturgiques toujours aussi sensible. L'enjeu, en effet, n'est pas uniquement la langue utilisée dans la célébration, mais la conception de la messe (repas ou sacrifice ?) celle de l'Eglise et de sa place dans le monde. En s'attaquant à ce dossier, Benoît XVI veut favoriser l'unité en réintégrant les prêtres et les fidèles avant rompu avec le Vatican. Hostile à un retour en arrière, mais refusant toute expérimentation hasardeuse, il entend aussi inviter les catholiques à mieux comprendre le sens de la liturgie, notamment par une application plus fidèle de la réforme voulue par Vatican II. La question de la messe, en latin ou pas, est donc pleinement une question de foi.

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