• L'histoire japonaise, son histoire intellectuelle en particulier, sont trop souvent coupées de l'histoire mondiale. Parfois un nom fait recette, le temps d'une mode : Mishima, Nishida, le haiku, le « MA », le Zen, mais on ne discerne aucune continuité, aucune évolution. Maruyama Masao montre ici magistralement que la pensée japonaise ne constitue pas un domaine à part. Loin des habituels discours sur une quelconque spécificité japonaise, il cherche au contraire à faire entrer l'histoire intellectuelle de son pays en résonance avec celle de l'Europe. Avec lui, « l'esprit oriental » renoue avec la modernité. Il montre en effet comment le Japon a connu depuis le XVIIe siècle un itinéraire intellectuel qui l'a mené à une conscience historique du monde, même si cette modernité japonaise déboucha un temps sur les drames que l'on connaît. La fresque de Maruyama, où sociologues allemands et philosophes néokantiens côtoient les grands noms du néoconfucianisme, où Hegel voisine avec Ogyû Sorai et Motoori Norinaga, aide à comprendre pourquoi, en plein XXe siècle, « coexistaient activement une technologie capable de construire des navires de guerre parmi les meilleurs du monde, et le mythe national voulant que les souverains suprêmes du Japon fussent choisis pour l'éternité des temps par un oracle de la déesse Amaterasu ».

  • Voici aujourd'hui l'état de la théorie des modèles politiques. Le lecteur sera sans doute un peu déçu par le caractère généralement sommaire, parfois même naïf, maintes fois souligné tout au long de ce livre, de certains modèles ou de certaines analyses. Nous espérons seulement qu'il sera convaincu qu'il s'agit là des premiers balbutiements d'une science nouvelle. Les méthodes et les concepts dégagés ici sont plus importants que les résultats proprement dits, évidemment sommaires, et parfois très contestables. Cette remarque est importante, à un moment où la théorie politique dans son ensemble est à la croisée des chemins : la multiplicité des concepts, des idées, des thèses qui s'affrontent ; la complexité des situations concrètes dans lesquelles elles s'inscrivent ; la concurrence de plusieurs méthodes d'analyse récemment proposées rendent de plus en plus difficile l'énoncé de règles générales et prédictives concernant l'évolution des sociétés et des remèdes à apporter aux faiblesses de leur organisation.

  • Un Proudhon certes foncièrement anarchiste, fédéraliste, anti-étatiste pour tout dire, mais parfois plus proche d'être un libéral anticapitaliste et antibourgeois qu'un socialiste et dont le combat constant pour l'émancipation de la classe ouvrière va de pair avec une rude opposition au communisme. Voici le Proudhon (1809-1865) que ce volume dévoile en bousculant nombre d'idées convenues à son sujet: entre autres, que la propriété est loin d'être forcément un « vol ». Ces textes sélectionnés, ordonnés et présentés par Vincent Valentin, maître de conférences à l'université Paris-I, soulignent le caractère complexe, souvent paradoxal et évolutif, d'une oeuvre foisonnante à laquelle le lecteur contemporain n'a plus directement accès depuis longtemps. Et dont la conception vive de la liberté individuelle qui l'irrigue donne toujours à penser.

  • Cette première synthèse intégrale de la pensée politique d'Émile Chartier (1868-1951, plus connu sous le pseudonyme d'Alain) se propose, à nouveaux frais et de manière soigneusement contextualisée, de redonner à Alain la place majeure et singulière qui lui revient dans l'histoire récente des idées : celle d'un penseur citoyen, d'un libéral de gauche compagnon de route du radicalisme, dont l'anti-étatisme, l'individualisme démocratique et le rationalisme laïque entrent en résonance profonde avec les préoccupations contemporaines.
    Jérôme Perrier entend ainsi rendre justice à cet insatiable chroniqueur, dont l'oeuvre a pâti d'avoir été disséminée en plusieurs milliers de « Propos » dans la presse de son époque. Contre le cliché de « philosophe pour classes terminales » qu'on a parfois cru devoir lui accoler en raison de son style sans jargon, il campe un Alain à la fois clair et profond, soucieux d'être compréhensible par tous, qui s'inscrit aussi dans la tradition des moralistes français allant de Montaigne à Camus.
    Jérôme Perrier, agrégé et docteur en histoire, a enseigné à Sciences Po Paris et à l'université de Versailles-Saint-Quentin- en-Yvelines.

  • Bibliophile exceptionnel, polygraphe, précurseur du romantisme, l'écrivain Charles Nodier (1780-1844) a publié à la fois des romans, des contes, des récits, des allégories et des articles pleins d'ironie. Il lui arrivait de ne pas signer ses livres, de prendre des pseudonymes et de multiplier les masques au point que s'impose assez vite la question de son rapport aux divers régimes politiques qui, depuis la Révolution jusqu'à la Monarchie de Juillet, ont constitué le temps historique dans lequel il écrivait. L'hypothèse d'Anne Kupiec est d'emblée politique : Nodier a éprouvé d'une manière suraiguë le moment révolutionnaire, en dépit du fait qu'il l'a vécu en étant encore un enfant. Le fil conducteur politique qui ouvre la lecture de l'oeuvre se confronte alors à des difficultés irréductibles, celle des formes changeantes de l'expression littéraire de Nodier, celle des masques multiples de l'écrivain et, enfin, celle d'une ambiguïté des positions politiques. En effet, Nodier fait à la fois l'éloge de Bonald et de Saint-Simon, de Madame de Staël et de Babeuf ou de Buonarroti, il critique le despotisme de l'Empire et se trouve déçu par la Monarchie de Juillet. L'analyse doit ainsi s'élever à la saisie du sens profond de l'ambiguïté, après en avoir traversé toutes les formes et toutes les variations. Ainsi s'éclaire peu à peu la nature d'un scepticisme politique qui doute de tout sans renoncer à rien, qui use des formes multiples de l'écriture pour éveiller son lecteur à l'interrogation, sinon à la critique, du présent et des éléments de positivité de ce présent. La pensée politique fait le détour du fantastique, du rêve animalier, de l'éloge paradoxal, de la « monomanie réflective », de la fiction pour conjurer le désenchantement et ménager des perspectives d'écart, de recul, d'exil par rapport aux déceptions que la période post-révolutionnaire a suscitées. De manière étonnante Nodier est celui qui, en 1835, au moment de l'édition du Discours de la servitude volontaire par Lamennais, propose d'éditer les oeuvres complètes de La Boétie. Cette proposition est d'autant plus significative que Nodier a été l'éditeur des Institutions républicaines de Saint-Just... Le penseur politique n'est pas démasqué, mais son masque d'écritures découvre ses vrais enjeux.

  • Au travers d'une présentation générale de la Pologne d'aujourd'hui, cet ouvrage analyse tous les problèmes politiques, économiques et sociaux posés à ce pays par son passage du système socialiste au monde libéral, ainsi qu'à l'Union européenne, en insistant sur les données géopolitiques et économiques actuelles et à venir. C'est donc une radiographie totalement à jour de la Pologne par l'analyse des grands événements récents de son histoire politique et économique, qui est ici proposée.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Considéré comme une doctrine politique ayant la prétention d'apporter une clef déterminante à la solution et à l'explication des problèmes de l'humanité. La réalité nationale en serait la valeur centrale et décisive.

  • De création récente (1921), mais émergeant d'un passé lointain, la Jordanie, au chevet d'Israël, impliquée dans l'affaire palestinienne et proche des chasses gardées pétrolières occidentales, joue, à l'échelle du Moyen-Orient, un rôle stratégique de premier plan pour le maintien du statu quo régional. Tirant son originalité d'une dynastie, certes récente, mais aux figures exemplaires et résolument pro-occidentales, la monarchie jordanienne remplit le rôle que l'Occident, en échange d'un soutien indéfectible, attendait d'elle, notamment pour la sécurité d'Israël et le recueil des Palestiniens exilés. Le roi Hussein a réussi cette gageure de rendre tolérables à l'opinion des choix politiques pro-occidentaux, qu'aujourd'hui rien ne paraît devoir remettre en question.

  • Comment disposer d'un pouvoir politique suffisamment dégagé de toute entrave pour pourvoir, en toutes circonstances, de la communauté des lois dont elle a besoin ? Comment instituer ce pouvoir pour que, dans le même temps, sa liberté ne se tourne pas en moyen d'oppression ? Telles sont les deux questions auxquelles le concept bodinien de souveraineté tente de répondre, sans les séparer. Parce qu'il faut un pouvoir qui ne soit jamais paralysé, c'est à une souveraineté indivisible et sans partage qu'il appartient de faire la loi et de pourvoir à son exécution. Mais parce que cette souveraineté n'existe que pour la défense de la république et de ses membres, l'arbitraire en est nécessairement exclu. En imaginant une combinaison possible entre l'efficacité du pouvoir et la garantie des sujets, l'oeuvre politique de Jean Bodin (1529-1596) se situe donc aux origines de la réflexion moderne sur le droit de l'État.

  • L'importance de ces partis ne réside pas uniquement dans le rôle crucial qu'ils jouent dans le système politique israélien mais dans leur rôle comme point de convergence entre religion et politique, entre judaïsme et Israël.

  • Les États fédéraux ne sont pas bien vus sur la scène internationale, notamment européenne. L'Europe des Quinze compte déjà trois États fédéraux, l'Allemagne, l'Autriche et la Belgique. L'Union européenne recourt à des techniques inspirées du fédéralisme, même si elle inscrit certaines institutions publiques, comme la cour de justice, dans une logique unitaire. Le fédéralisme est au coeur de toute réflexion sur l'Europe. Est-il possible de faire du fédéralisme au carré ? L'Union européenne met-elle, au contraire, en place un système de plus en plus unitaire ? L'ouvrage répond à ces questions.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Alain Cubertafond présente en une synthèse large, claire et précise, les rouages de la vie politique en France. Il montre comment l'État s'est développé pour devenir, au stade actuel de l'histoire, le plus puissant des appareils de pouvoir et analyse la triple combinaison de la politique, du pouvoir et de l'État autour des conditions de l'accès au pouvoir, des moyens mis par la société à la disposition de l'État et des règles du jeu politique. Chemin faisant, le livre désigne qui fait quoi dans les affaires publiques et diagnostique avec lucidité le mal dont souffre la vie politique française : un déficit de légitimité qui se creuse dangereusement à mesure que sont verrouillés les accès au pouvoir, hypertrophiés ses moyens et que sa crédibilité est ridiculisée par les médias.

  • L'histoire du règne de Gorbatchev est aussi celle de la fin de l'Union soviétique. Comment et pourquoi cet effondrement? Quelles forces se sont opposées à la volonté réformiste de Gorbatchev? Quel a été le rôle de Boris Eltsine?

  • En interrogeant les rapports entre philosophie et politique à l'âge classique, de la fin du XVIe siècle à la fin du XVIIIe, ce livre entend mettre en évidence la teneur philosophique des concepts politiques qui émergent à cette époque, ou y font l'objet d'une définition renouvelée. Cette démarche consiste à réactiver une interrogation sur les présuppositions et les implications métaphysiques de ces concepts. Une question ne peut dès lors manquer de surgir : en quoi la politique a-t-elle besoin de la métaphysique ? C'est en vue de répondre à cette question qu'Y.C. Zarka examine le cadre métaphysique explicite ou implicite dans lequel s'inscrit la réflexion politique. Il aborde ensuite certains des concepts majeurs de la pensée politique de l'âge classique, dans un parcours qui mène du renouvellement de l'idée de république à la philosophie de la liberté, en passant par la fondation philosophique de la notion de tolérance. Ce livre relève d'une historiographie philosophique où l'érudition n'est plus une simple conservation du patrimoine culturel, mais se trouve animée d'un ressort nouveau qui associe, au souci de l'exactitude historique, celui de la spéculation philosophique.

  • Nous avions cru acheter le meilleur des mondes. Des courbes de production et de niveau de vie décidément ascendantes ; l'État ou le marché prenant en charge l'organisation des rapports sociaux ; l'intégrisme économique discountant sans fin l'avenir : nous tenions là, à n'en pas douter, tous les ingrédients du bonheur. Et puis le système s'est grippé, progressivement bloqué jusqu'à la décomposition dans laquelle nous pataugeons aujourd'hui. Le chômage, l'exclusion, le retour en masse de la pauvreté, l'insoutenable arrogance de l'enrichissement sans cause, la Bosnie après des douzaines de Rwanda, le poids croissant de l'impérium américain, les ratés de la construction européenne, enfin.. La morosité puis le doute, le désarroi désormais, ont rouvert toutes les plaies et fractures de notre vieux pays. Les Français sont désarmés parce que désunis. La rancoeur suit l'excès de crédulité. Le moment est venu de redéfinir, conjointement, l'individuel et le collectif, comme de reconstruire nos communautés. Le repositionnement de l'action politique, la refondation de l'éthique républicaine, la réaffirmation de l'efficacité des utopies, autant de réflexions et d'expériences à mener si nous voulons, un jour, retrouver le goût d'entreprendre et jouer à nouveau notre rôle dans les grands équilibres internationaux. Bien entendu, il faudra, aussi, du courage.

  • Un essai sur cette nouvelle maladie des démocraties, la manipulation.

  • Une série de portraits satiriques tirés de l'émission quotidienne Nulle part ailleurs, sur Canal plus.

  • Les conséquences de l'effondrement des régimes communistes dans les pays de l'Europe centrale n'ont pas encore été examinées sur le plan des savoirs, en particulier celui des sciences sociales. Celles-ci ont été à la fois le creuset de l'héroïsme hérétique des dissidents historiques, et de la lâche soumission à la pensée totalitaire. Face sombre de l'ombre et intelligence lucide font la nouvelle matière des recompositions et des reconversions à l'oeuvre depuis la chute du mur de Berlin. Les savoirs ont-ils perdu leur âme et leur devoir critique face à un socialisme qui se voulait scientifique ? Sont-ils désormais dans un rapport de fascination à l'égard des théories occidentales ? Portant sur un moment rare de mutation intellectuelle, ce livre n'entend pas donner de réponses définitives à ces questions. Il les déploie au contraire en les incarnant dans des portraits, des projets, des fragments de vie quotidienne qui restituent l'atmosphère des premières années d'ouverture et les béances d'un avenir incertain. En sillonnant villes, institutions scientifiques, politiques et culturelles, ce voyage où se mêlent compréhension, compassion et ironie prend la forme d'un récit d'expérience guidé par une conviction : l'exercice de la raison, le débat critique et la pluralité des savoirs sont au fondement de l'Europe scientifique, et plus encore le principe des démocraties naissantes.

  • Taïwan est la première société chinoise qui soit parvenue à mettre en place un système politique démocratique. Coupée du continent chinois depuis plus d'un siècle, l'île de Formose s'est progressivement façonné, à travers les différents régimes qu'elle a connus, une identité culturelle, politique et, probablement aussi, nationale particulière. Cet ouvrage a donc, d'une part, l'ambition d'expliquer ce parcours historique et politique original ; il a, d'autre part, l'objectif d'analyser le fonctionnement des institutions politiques de la République de Chine, et de présenter les principales facettes de la vie politique Taïwanaise. Démonstration vivante de la compatibilité entre le modèle institutionnel inspiré des Lumières et la culture politique confucéenne, Taïwan constitue une référence obligée pour quiconque veut comprendre l'avenir de la Chine populaire.

  • Les Kéhayan ont dit la vérité, ils seront exécutés. Telle fut quasiment la sentence prononcée par le PCF après la publication de La rue du Prolétaire rouge. Dans Le tabouret de Piotr, à travers la cruelle anecdote des injures, des désaveux, du boycott, de l'intimidation, des menaces d'exclusion que suscita leur premier livre, Jean Kéhayan dénonce les mensonges sur lesquels repose le PCF et les méthodes d'un appareil coincé, selon lui, entre sa prétendue indépendance et son allégeance à l'URSS, entre un libéralisme de façade et une rigidité structurelle qui augure mal de sa capacité au changement.

  • Hélène Miard-Delacroix, maître de conférences à la Sorbonne, et Alfred Grosser, spécialiste reconnu de l'Allemagne, nous montrent, à travers un parcours historique, l'évolution des traditions démocratiques de ce pays. Ils insistent sur la nécessité, pour nous, de connaître et comprendre l'Allemagne, voisine à la fois si différente et pourtant si semblable.

  • Un tour d'horizon des différentes institutions de l'Etat : de la défense de la cité (armées, frontières, etc...) jusqu'à son administration, en passant par le rôle de l'impôt, et l'importance de la séparation des pouvoirs.

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