Mots du libraire

  • Apeirogon

    Colum Mccann

    • Belfond
    • 27 Août 2020

    Rentrée littéraire 2020Apeirogon, n.m. : figure géométrique au nombre infini de côtés.
    Rami Elhanan est israélien, fils d'un rescapé de la Shoah, ancien soldat de la guerre du Kippour ; Bassam Aramin est palestinien, et n'a connu que la dépossession, la prison et les humiliations.
    Tous deux ont perdu une fille. Abir avait dix ans, Smadar, treize ans.
    Passés le choc, la douleur, les souvenirs, le deuil, il y a l'envie de sauver des vies.
    Eux qui étaient nés pour se haïr décident de raconter leur histoire et de se battre pour la paix.
    Afin de restituer cette tragédie immense, de rendre hommage à l'histoire vraie de cette amitié, Colum McCann nous offre une oeuvre totale à la forme inédite ; une exploration tout à la fois historique, politique, philosophique, religieuse, musicale, cinématographique et géographique d'un conflit infini. Porté par la grâce d'une écriture, flirtant avec la poésie et la non-fiction, un roman protéiforme qui nous engage à comprendre, à échanger et, peut-être, à entrevoir un nouvel avenir.

    Gallimard numérique aime !

    Prix Montluc résistance et liberté 2021

  • L'ami arménien

    Andreï Makine

    • Grasset
    • 6 Janvier 2021

    A travers l'histoire d'une amitié adolescente, Makine révèle dans ce véritable bijou de littérature classique un épisode inoubliable de sa jeunesse.
    Le narrateur, treize ans, vit dans un orphelinat de Sibérie à l'époque de l'empire soviétique finissant. Dans la cour de l'école, il prend la défense de Vardan, un adolescent que sa  pureté, sa maturité et sa fragilité désignent aux brutes comme  bouc-émissaire idéal. Il raccompagne chez lui son ami, dans le quartier dit du « Bout du diable » peuplé d'anciens prisonniers, d'aventuriers fourbus, de déracinés égarés «qui n'ont pour biographie que la géographie de leurs errances. »
    Il est accueilli là par une petite communauté de familles arméniennes venues soulager le sort de leurs proches transférés et emprisonnés en ce lieu, à 5 000 kilomètres de leur Caucase natal, en attente de jugement pour « subversion séparatiste et complot anti-soviétique » parce qu'ils avaient créé  une organisation clandestine se battant pour l'indépendance de l'Arménie.
    De magnifiques figures se détachent de ce petit « royaume d'Arménie » miniature : la mère de Vardan, Chamiram ; la soeur de Vardan, Gulizar, belle comme une princesse du Caucase qui enflamme tous les coeurs mais ne vit que dans la dévotion à son mari emprisonné ; Sarven, le vieux sage de la communauté...
    Un adolescent ramassant sur une voie de chemin de fer une vieille prostituée avinée qu'il protège avec délicatesse, une brute déportée couvant au camp un oiseau blessé qui finira par s'envoler au-dessus des barbelés : autant d'hommages à ces « copeaux humains, vies sacrifiées sous la hache des faiseurs de l'Histoire. »
    Le narrateur, garde du corps de Vardan, devient le sentinelle de sa vie menacée, car l'adolescent souffre de la « maladie arménienne » qui menace de l'emporter, et voilà que de proche en proche, le narrateur se trouve à son tour menacé et incarcéré, quand le creusement d'un tunnel pour une chasse au trésor, qu'il prenait pour un jeu d'enfants, est soupçonné par le régime d'être une participation active à une tentative d'évasion...
    Ce magnifique roman convoque une double nostalgie : celle de cette petite communauté arménienne pour son pays natal, et celle de l'auteur pour son ami disparu lorsqu'il revient en épilogue du livre, des décennies plus tard, exhumer les vestiges du passé dans cette grande ville sibérienne aux quartiers miséreux qui abritaient, derrière leurs remparts, l'antichambre des camps.

    Gallimard numérique aime !

    Prix des romancières 2021. Lumineux et empreint d'humanité !

  • Connell et Marianne ont grandi dans la même ville d'Irlande. Il est le garçon en vue du lycée, elle est la solitaire un peu maladroite. Pourtant, l'étincelle se produit : le fils de la femme de ménage et l'intello hautaine connaissent ensemble leur premier amour.

    Un an plus tard, alors que Marianne s'épanouit au Trinity College de Dublin, Connell s'acclimate mal à la vie universitaire.

    Un jour, tout est léger, irrésistible ; le lendemain, le drame pointe et les sentiments vacillent.

    Entre eux, le jeu vient tout juste de commencer.

    Sally Rooney réussit le tour de force de donner une dimension unique et universelle à cette histoire. Porté par des dialogues saisissants de justesse, Normal People est un roman magistral sur la jeunesse, l'amitié, le sexe, sur les errances affectives et intellectuelles d'une génération qui n'a plus le droit de rêver, mais qui s'entête à espérer.

    Traduit de l'anglais (Irlande) par Stéphane Roques.

    Gallimard numérique aime !

    L'Irlande du Nord, Marianne et Connell : une histoire d'amour splendide où les rapports de force s'esquissent et s'accentuent avant de brutalement s'inverser. Pour tous ceux qui aiment sourire malicieusement en venant de rater leur station de métro. Une jeune auteure magnifique !

  • Libraire spécialisé en roman policier, Malcolm Kershaw reçoit la visite surprise du FBI. L'agent Gwen Mulvey enquête sur deux affaires étranges : une série de meurtres qui rappelle un roman d'Agatha Christie, et un accident qui fait écho à un livre de James Cain. Elle espère donc que l'avis d'un expert du genre lui permettra d'interpréter correctement les (rares) indices à sa disposition. Et ce n'est pas tout : Malcolm, quinze ans plus tôt, a publié sur son blog une liste intitulée "Huit crimes parfaits", où figuraient ces deux intrigues. Serait-il possible qu'un tueur s'en inspire aujourd'hui ? Très vite, l'angoissante certitude s'impose : le tueur rôde déjà à proximité. Malcolm commence à le voir partout, et sent un véritable noeud coulant se resserrer autour de son cou.

    Gallimard numérique aime !

    Super polar, digne des plus grands ! Revisitez vos classiques avec cet explosif roman policier parfaitement construit et à l'intrigue diabolique. Un vrai régal, excellent !

  • Louise a une trentaine d'années. Après la mort accidentelle de ses parents, elle a dérivé dans la drogue et l'alcool. Aujourd'hui elle vit seule avec son fils Sam, âgé de 8 ans, sa seule lumière. Elle est harcelée par son ancien compagnon qui, un jour, la brutalise au point de la laisser dans un état grave. Il blesse aussi grièvement la meilleure amie de Louise. L'enquête est confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan, qui ne reste pas insensible à Louise. Parallèlement un tueur de femmes sévit, pulsionnel et imprévisible, profondément perturbé.
    Au coeur de ces ténèbres et de ces deux histoires, Jourdan, un flic, un homme triste et taiseux, qui tente de retrouver goût à la vie...

    Gallimard numérique aime !

    Maître du polar français, Hervé le Corre brille par son audace et son style une fois de plus. Sombre, réaliste et social, c'est un nouveau policier addictif sans grosses ficelles qui fera le bonheur des lecteurs !

  • Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.
    Au lendemain d'un ouragan arctique, le cadavre d'un éleveur de rennes émerge des décombres d'un toit d'immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d'Irkoutsk, est chargé de l'affaire.
    Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s'épuise à la mine, s'invente des échappatoires, s'évade et aime au mépris du danger. Parce qu'à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.
    Et la menace rôde tandis que Boris s'entête...

    Gallimard numérique aime !

    Changement de décor pour Caryl Ferey qui nous emmène en Sibérie, à Norilsk où le cadavre démbré d'un Nenet est retrouvé. Mêlant policier, cause écologiste et corruption, c'est encore un pari réussi pour Ferey. Efficace et perturbant !

  • Élevé en guerrier et promis à un brillant avenir, le jeune Sunoami, fils de traître, est condamné à devenir moine. Résigné à vivre au temple de Terayama jusqu'à la fin de ses jours, Sunaomi voit naître en lui des pouvoirs insoupçonnés. Des objets inanimés prennent vie sous ses yeux, des morts lui parlent... Et les forces qui s'affrontent pour régner sur les Huit Îles s'intéressent de près à ce puissant descendant de la Tribu.

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    L'adaptation du chef-d'œuvre de Lian Hearn en BD ! Amour, vengeance et batailles dans un Japon médiéval réinventé. Une belle façon de découvrir cette saga passionnante

  • Lorsque la demi-soeur éloignée de Gi-jeong est retrouvée noyée dans une rivière, Gi-jeong part à la recherche de réponses. Pendant ce temps, Se-oh, qui n'a pas quitté sa maison depuis des années de peur d'être rattrapée par son passé, découvre que son père a été tué dans une explosion de gaz. La police est impatiente de résoudre ces deux affaires de suicides vraisemblablement justifiés par des dettes insurmontables.

    Gallimard numérique aime !

    Pyun, maître du polar coréen, revient en force avec ce roman policier essentiel à la profondeur sociale, totalement captivant et où le nœud final reste une surprise totale. Des personnages d'une grande finesse, un équilibre porté tout au long du roman, c'est prometteur !

  • La vie est une seule et grande question, qui attend de nous plus et mieux que des réponses ponctuelles, Elle attend cette unique réponse que toutes les autres nous cachent en nous leurrant. C'est sur et autour de ce thème que l'auteur a constitué cet ensemble de poèmes en vers ou versets et en prose de haute tenue. La beauté calme et ce qui la fonde, l'intensité de l'instant, les premières fois, la rencontre et l'approche de l'autre, la naissance chaque jour à la vie, la mort, voilà quelques-unes des facettes du thème. On découvre ici un poète qui a du métier et de la grâce, une délicatesse de touche, une élégance et une maîtrise de la langue, bref, de quoi donner au lecteur le sentiment de glisser comme une eau fraîche entre les rives de l'été.

    Gallimard numérique aime !

    L'unique réponse est LE recueil à lire par des temps obscurs. Lumineux, d'une grâce infinie, L'existence et la beauté se trouvent au détour des pages. Délicatesse, intensité de l'instant et instantanés de vie se bousculent. À lire !

  • Jean Seghers est inquiet : sa station-service a été déclarée en faillite. Son veilleur de nuit-mécanicien lui réclame ses indemnités et, de surcroît, il craint que sa femme entretienne une liaison avec le président du tribunal de commerce.
    Alors, il va employer les grands moyens.

    Gallimard numérique aime !

    Drôle, intelligent, subtil, déroutant, les superlatifs ne manquent à propos de l'œuvre d'Yves Ravey. C'est d'autant plus vrai pour ce millésime 2021. Une véritable pépite.

  • "L'homme qui voulait faire de la télévision un art."
    A. B.

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    Le plus grand talent d'Aurélien Bellanger est celui de savoir décortiquer et analyser notre époque à travers les chimères qui la composent. Un grand livre sur la télévision française des années 90-2000 ? Pari risqué, pari tenu !

  • « Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. Qu'importe ici qui dit je. Écrire à la main, nager dans l'encre bleue, voir le liquide s'écouler sont des expériences fondamentales. Je vis à la limite d'une réserve d'oiseaux, mouettes rieuses, goélands, faucons, sternes, bécasseaux, canards colverts, hérons. Ah être un oiseau ! Dans la maison, tous les matins, je laisse Richter jouer Haydn, on pourrait l'écouter sans cesse, ré mineur, concert public de Mantoue, notes vives et détachées, j'aime le futur immédiat, je ne crains pas la répétition, jeu enfantin, cercle qui ne va nulle part, on écrit toujours pour une voix disait Beckett, pas de voix, pas de notes ni de mots. Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible. »

    Il y a de la magie dans la vie et dans l'oeuvre de Philippe Sollers, écrivain, éditeur, critique, solitaire, paradoxal, et merveilleux visionnaire. Une magie née de sa passion pour la littérature, la poésie, la nature et la musique, pour la rencontre amoureuse, pour l'art du secret et de l'intime. Philippe Sollers, en agent secret ? Tel est le pari de ce singulier et bouleversant autoportrait.

    Gallimard numérique aime !

    Philippe Sollers se livre ici comme jamaos et nous offre l'autoportrait bouleversant d'un homme qui étincelle la vie intellectuelle et littéraire depuis plus de cinquante ans. Une ode à la vie et à la liberté.

  • Cette ambitieuse anthologie, réunissant dix-sept autrices et auteurs contemporains d'origine persane à travers le monde, propose un éventail de nouvelles unies par un thème commun : l'amour, sous toutes ses formes. L'amour filial, l'amour divin, l'amour tyrannique, l'amour déçu, l'amour de jeunesse, l'amour de l'art, du sport, de son métier, l'amour hétéro et homosexuel, mais aussi, et surtout, l'amour comme résistance. Autant de possibilités qui donnent à découvrir les nuances de l'âme iranienne.
    Les profils, les âges et les rapports à l'Iran de ces dix-sept nouvellistes sont variés : écrivains vivant en Iran ou exilés, celui qui n'est jamais retourné au pays ou celle qui y revient égulièrement, auteur en herbe ou déjà traduit en plusieurs langues, celui dont les ouvrages ont subi la censure ou celle qui a toujours écrit en toute liberté, écrivain bilingue, informaticien, journaliste, ingénieur, docteur ès lettres, traducteur, libraire ou mollah, toutes et tous représentent la littérature iranienne contemporaine, par-delà les frontières géographiques et linguistiques.
    Cette anthologie se veut une invitation à un voyage littéraire, au cours duquel ces huit femmes et ces neuf hommes racontent leur vision de l'amour, dans toute sa diversité.

    Gallimard numérique aime !

    Une anthologie indispensable qui vous promet un voyage sous le signe de l'amour ; sous toutes ses formes. Piochez au hasard de votre main l'une de ses pépites, assurément vous ne serez pas déçu. S'évader en Iran le temps d'une lecture...

  • Comment peut-on, adolescent, faire la démonstration d'un talent inouï au point de devenir une sorte de bête de foire dans les milieux littéraires parisiens, et à vingt ans, renoncer brutalement à la poésie pour partir vendre du café et des casseroles en Afrique  ? C'est ce qu'on a l'habitude d'appeler le mystère Rimbaud. Cette répudiation lui a valu anathème (André Breton) et incompréhension (Etiemble), certains comme René Char se montrant plus compatissants («  tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud  »). Mais aucun ne s'est demandé si ce n'était pas plutôt la poésie qui l'avait lâché, inapte désormais à rendre compte de la modernité qui, sous la bannière du progrès, rendait obsolète le vieux monde de l'alexandrin et du sonnet.
    Or le jeune Rimbaud fut en première ligne dans ce changement à vue. Il fut hébergé par Charles Cros, poète et inventeur du phonographe, fréquenta Paul Demeny dont le frère Georges est un des pionniers du cinéma, usa abondamment des trains et des vapeurs, posa pour Carjat, le photographe des «  people  », assista à la construction du premier métro du monde, celui de Londres, et il connaissait au moins par Castaner les discussions enflammées du café Guerbois où Monet, Manet, Cézanne, procédait au dynamitage de l'académisme.
    «  Il faut être absolument moderne  », lâche-t-il dans Une saison en enfer, établissant bien moins sa feuille de route que reprenant un mantra du temps. Et la poésie dans tout ça  ? «  Ne va-t-il pas être bientôt temps de supprimer l'alexandrin  ?  » glissa-t-il à Banville, alors grand maitre du Parnasse. Il s'en chargea dans Une Saison en enfer et dans les Illuminations.
    Pour nous aider à percer le mystère, restent heureusement les témoins. Et dans cette constellation, les étoiles de première grandeur  : Ernest Delahaye, l'ami du collège, Georges Izambard, le professeur à peine plus âgé que son élève, Isabelle qui accompagna avec un dévouement amoureux l'agonie de son frère, et Alfred Bardey qu'on ne peut soupçonner d'avoir été influencé par un passé dont il ignorait tout quand il engagea à Aden pour surveiller ses entrepôts de café un jeune Français trainant dans les ports de la Mer Rouge. Mais tous s'entendent pour confirmer la prophétie du vieux professeur du collège de Charleville  que fixait derrière son pupitre le regard pervenche : «  Rien de banal ne germera dans cette tête.  »
    Jean Rouaud

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    En bon astrophysicien, Rouaud scrute méticuleusement la galaxie rimbaldienne, ajustant la lentille de son télescope imaginaire sur les divers noms retenus dans l'histoire littéraire par leur frottement à l'étoile filante de Charleville, et ne cesse de considérer l'amère rupture entre le génie et la poésie

  • « Ce sont des mots que l'on a entendus derrière une porte et qui nous invitent dans l'intimité des autres. C'est la tête que l'on tourne vers un éclat de rire dans la rue. Le hoquet de tristesse d'une fille apprenant une mauvaise nouvelle au téléphone. C'est la phrase glissée dans une conversation, une phrase qui ne paie pas de mine, prononcée comme on dit ça comme ça et dont, pourtant, on se souviendra toute sa vie. C'est le bruit que font les autres sur le fil des secondes. »

    Ces autres qui nous entourent, David Thomas excelle à les dépeindre. Son art de la brièveté, son écriture vive et précise font naître des personnages inoubliables. Avec leurs qualités, leurs failles, leurs contradictions, leur noirceur parfois, leur drôlerie aussi.

    Seul entouré de chiens qui mordent offre une singulière façon de regarder le monde. Avec une pointe d'ironie. Et toujours beaucoup de tendresse.

    Gallimard numérique aime !

    Souvent très drôle, quelques fois très triste, mais toujours irrésistible, David Thomas signe ici l'un des plus beaux livres de ce début d'année. Ou comment en seulement deux ou trois pages, allier l'infiniment petit à l'infiniment grand. Bien plus qu'un livre, un tour de magie.

  • Gallimard numérique aime !

    Un roman graphique polyphonique, riche et foisonnant, consacré à deux familles qui vivent dans leur chair, les masscres et les pertes causés par l'ETA. Une réussite visuelle totale remplie d'astuces, dont celle d'attribuer une couleur différente à chaque bulle de personnage pour que le lecteur ne perde pas le fil. Passionnant et bouleversant !

  • Lisbonne, été 1968. Depuis 40 ans, le Portugal vit sous la dictature de Salazar. Mais, pour celui qui décide de fermer les yeux, la douceur de vivre est possible sur les bords du Tage. C'est le choix de Fernando Pais, médecin à la patientèle aisée. Tournant la page d'une jeunesse militante tourmentée, le quadragénaire a décidé de mettre de la légèreté dans sa vie et de la frivolité dans ses amours. Un jour où il rend visite à un patient au siège de la police politique, Fernando prend la défense d'un gamin venu narguer l'agent en faction. Mais entre le fl ic et le médecin, le gosse ne fait pas de distinguo. Et si le révolutionnaire en culottes courtes avait vu juste ? Si la légèreté de Fernando était coupable ? Le médecin ne le sait pas encore, mais cette rencontre fera basculer sa vie...

    La Librairie Gallimard recommande

    Été 1968 au Portugal, l’hospitalisation de Salazar fait frémir le régime dictatorial... Ancien militant épuisé, Fernando voit la violence ressurgir dans son quotidien pourtant imperturbable et lui faire prendre conscience de la portée de sa nonchalance. Une bande dessinée historique passionnante, rythmée par les airs du fado.

  • Rome, fin des années 1960. Leo Gazzarra, milanais d'origine, est depuis quelques années installé dans la capitale. Il vit de petits boulots pour des revues et des journaux. Viscéralement inadapté, dans un monde où il ne parvient pas à trouver sa place, il se laisse aller à des journées qui se ressemblent et à des nuits souvent alcoolisées. Leo n'en veut à personne et ne revendique rien. Le soir de ses trente ans, il rencontre Arianna, une jeune femme exubérante à la fois fragile et séductrice. Sûre de sa beauté, mais incapable d'exprimer ses véritables sentiments, Arianna est évanescente. Elle apparaît et disparaît, bouleversant le quotidien mélancolique d'un homme qu'elle aurait peut-être pu sauver de sa dérive existentielle. Une histoire d'amour et de solitude, récit d'un renoncement tranquille, dans une Rome solaire, magnétique, qui n'est pas sans rappeler celle de La Dolce vita de Fellini. On pense aussi aux héros d'Hemingway ou de Fitzgerald, ou encore au Feu follet de Pierre Drieu la Rochelle et à son adaptation par Louis Malle.

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    Enfin ! Presque cinquante ans après sa parution italienne, ce bijou contant les pérégrinations romaines et existentielles d'un jeune journaliste est enfin disponible en français, dans une traduction qui honore sa langue sublime, faite d'humour ravageur et de mélancolie farouche. Enfin donc.

  • Salade César

    Karibou, Josselin Duparcmeur

    • Delcourt
    • 30 Septembre 2020

    César règne sur Rome, il est en conflit avec Pompée. La routine. Mais c'est un César un peu bas du front, autocentré, autosatisfait et à l'imagination fertile. En un mot ingérable. Brutus, qui n'en pleut plus que César le prenne pour son fils, décide de mener un complot pour se débarrasser de l'Imperator. Mission apparemment assez simple, mais la bêtise crasse ne sera pas que du côté de César...

    La Librairie Gallimard recommande

    Une BD pour les fans (logiques) de Kaamelott ou des Monty Python, mais aussi pour tous ceux qui ont envie, en toute simplicité, de se taper sur les cuisses en riant aux larmes. Soixante-quatre pages de pure hilarité garanties !

  • Un bref instant de splendeur se présente sous la forme d'une lettre qu'un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais. Fille d'un soldat américain et d'une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d'une guerre oubliée. Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d'enfant, son premier amour marqué d'un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l'écriture.
    Ce premier roman, écrit dans une langue d'une beauté grandiose, explore avec une urgence et une grâce stupéfiantes les questions de race, de classe et de masculinité. Ocean Vuong signe une plongée dans les eaux troubles de la violence, du déracinement et de l'addiction, que la tendresse et la compassion viennent toujours adroitement contrebalancer. Un livre d'une justesse bouleversante sur la capacité des mots à panser les plaies ouvertes depuis des générations.

    Gallimard numérique aime !

    Pas de panique, la splendeur n'est pas si brève, elle dure tout le long des 290 pages de ce premier roman passionnant : une lettre à la mère bouleversante et unique qui exhume la bestialité des maltraitances et les tendresses aléatoires. Tout en explorant, entre autres, le traumatisme de la guerre du Viêt-Nam sur trois génération et finit, dans un style toujours éblouissant, par s'adresser à l'universel ! Un livre immense !

  • Jetez-moi aux chiens

    Patrick Mcguinness

    • Grasset
    • 15 Janvier 2020

    Au sud de Londres, quelques jours avant Noël, est retrouvé le cadavre d'une jeune femme étranglée. Le narrateur, Ander, officier de police, enquête sur le crime avec son assistant le grassouillet Gary. Suspect : M. Wolphram, voisin de la victime, ancien professeur de lycée en retraite. Il se dit innocent.
    Au fur et à mesure que les interrogatoires se multiplient, Ander est pris d'un sentiment de déjà-vu. Il se remémore sa propre éducation dans un pensionnat privé connu pour ses problèmes de harcèlement  : M. Wolphram y avait été un de ses professeurs. Solitaire et marginal, passant ses journées à écouter de la musique, il devient la proie de la presse à scandale et des réseaux sociaux. Ils le harcèlent d'injures. Le voici assassin, pédophile, à lyncher. Une journaliste sans scrupules alimente le scandale en publiant des témoignages biaisés sur celui qu'on surnomme désormais «  le loup de Chapelton  ».
    Dans ce subtil mélange d'enquête et de remémoration, Ander en vient à se rappeler une autre affaire où Wolphram avait été mêlé, et où il s'était révélé bienveillant. Défaut majeur dans ce temps où les chiens des réseaux sociaux aboient et réclament la mort d'hommes vite désignés à leur vindicte. Au fait, coupable, l'est-il ou non, le gentil professeur  ?
    Dans la lignée du mystérieux et puissant Cent derniers jours, un faux livre policier, un vrai livre littéraire, dans la lignée de Graham Greene. Le roman du harcèlement.

    Gallimard numérique aime !

    Un roman haletant, grinçant sur l’implacable machine à broyer de la presse à scandale. Désigné coupable par les tabloïds, un ancien professeur semble résigné. Pourtant, les chemins de la vérité ne sont jamais des lignes droites. Pour tous les amateurs de romans noirs à Sorj Chalandon : une réussite !

  • Ohio

    Stephen Markley

    Grand Prix de Littérature américaine 2020
    Palmarès Les 100 livres de l'année 2020 - Lire-Magazine Littéraire
    Par un fébrile soir d'été, quatre anciens camarades de lycée désormais trentenaires se trouvent par hasard réunis à New Canaan, la petite ville de l'Ohio où ils ont grandi.
    Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire devenu toxicomane, doit y livrer un mystérieux paquet. Stacey Moore a accepté de rencontrer la mère de son ex-petite amie disparue et veut en profiter pour régler ses comptes avec son frère, qui n'a jamais accepté son homosexualité. Dan Eaton s'apprête à retrouver son amour de jeunesse, mais le jeune vétéran, qui a perdu un oeil en Irak, peine à se raccrocher à la vie. Tina Ross, elle, a décidé de se venger d'un garçon qui n'a jamais cessé de hanter son esprit.
    Tous incarnent cette jeunesse meurtrie et désabusée qui, depuis le drame du 11-Septembre, n'a connu que la guerre, la récession, la montée du populisme et l'échec du rêve américain. Chacun d'entre eux est déterminé à atteindre le but qu'il s'est fixé.

    À la manière d'un roman noir, cette fresque sociale et politique hyperréaliste s'impose comme le grand livre de l'Amérique déboussolée et marque l'entrée en littérature d'un jeune écrivain aussi talentueux qu'ambitieux.
    « Le coeur de ce premier roman ambitieux n'est pas les grandes déclarations dont il se fait l'écho mais les plus petits moments qu'il dépeint, le portrait sincère qu'il brosse de vies abîmées et contrariées. Car c'est à l'échelle humaine que se révèle la vérité du monde dans lequel nous vivons. » The New York Times

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    Dix ans plus tard, quatre enfants d’un même patelin d’Ohio se croisent, le temps d’un même soir. Le temps d’affronter les fantômes des années 2000 qui ont bouleversé l’Amérique. Un Ohio coincé entre Entre G.W Bush et Trump.

  • "À certaines heures de la nuit, sous les draps pas lavés depuis des semaines, Cyrille se demandait s'il avait mis toutes les chances de son côté. Il écrivait des poèmes, lisait toutes sortes de romans, d'essais, de correspondances ; il avait, sans trop galérer, trouvé un emploi qui, à défaut d'être passionnant, libérait son esprit sitôt qu'il s'évadait du bureau ; il vivait à Paris (ou presque) ; ses études l'avaient nanti d'une syntaxe et d'un vocabulaire irréprochables ; il n'avait pas de ventre, ne perdait pas ses cheveux ni ne déplaisait aux jeunes femmes ; il bénéficiait d'une amitié précieuse, à tous les sens du terme, celle d'Ambroise - et pourtant, sa vie s'ensablait dans l'anecdotique, l'insipide, le rien. Que s'était-il passé ? Quelle malédiction le condamnait à cet insignifiant surplace ? Toutes les vies rasaient-elles, à son exemple, le bitume et la banalité ?"
    Le jeune Cyrille Bertrand rêve d'une vie de poésie, d'aventures et de luxe, comme ses modèles Stendhal et Valery Larbaud. Pour l'heure, il vient de quitter ses parents à Dourdan et travaille au service contentieux de Salons&Cuisines. Et de Paris à Naples, entre l'amour, le Christ et la révolution, notre héros sans cesse se heurte à la réalité du monde...

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    Vous aimez Michel Houellebecq ? Précipitez-vous sur Patrice Jean !

  • Elle, petite fille aux origines modestes. Envie de vivre plus forte que la mort. 
    Elle, adolescente aux rêves de prince charmant. Bal des illusions perdues. 
    Elle, femme libre, jalousée, traquée. Sacrifiée pour enterrer le passé. 
    Il revient au fils de découvrir les secrets de famille. Histoires de haine et d'amour. 
    Elle, la mère. 

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    Si les éditions de Minuit peuvent être considérées comme une école du style, Emmanuel Chaussade en est l'élève le plus prometteur.

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